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Ouverture au Monde Arabe

Journal de l'exposition "Judaïsme, christianisme, islam, proches...lointains"
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Radhia Dziri, Responsable des Actions éducatives à l'Institut du Monde Arabe


Pouvez-vous nous présenter vos actions de médiation culturelle en prison autour de l'exposition itinérante "Judaïsme, christianisme, islam, proches...lointains" ?

Affiche de l'exposition itinérante

L'exposition "Judaïsme, christianisme, islam, proches...lointains", créée grâce au soutien conjoint du ministère de la Justice et des Libertés et du ministère de la Culture et de la Communication, s'inscrit dans un ensemble de propositions visant à présenter le monde arabe (expositions sur la calligraphie, la géographie, etc), qui ont commencé dans des associations culturelles et des établissements scolaires avant même que l'IMA n'ouvre au public.

Nous en sommes ensuite venus à aller en détention (exposition sur l'Algérie à la maison d'arrêt de Fresnes en 1997, sur les femmes à la prison pour femmes de Versailles...) et l'expérience fondatrice a été une année entière de médiation en lien avec l'aumônier musulman du centre pénitentiaire de Rennes en présentant l’exposition "L’islam".  

Puis, nous avons voulu élargir notre propos aux trois grandes religions monothéistes qui sont toutes nées au Proche-Orient. Le projet est né en 2008, année du dialogue interculturel.

L'aide financière du ministère de la Culture nous a alors permis de créer un deuxième jeu de de cette exposition.

Nous avons donc deux exemplaires de chacun des 22 panneaux. Pensés comme de grandes pages de livres (85 cm x 185 cm), ils sont richement illustrés ; les images et le texte se complétant.

L'exposition "Judaïsme, christianisme, islam, proches...lointains" a d'abord tourné dans la région de Rennes, en 2009.

Depuis avril 2010, nous avons mis en place des actions de médiation culturelle pour l'accompagner dans différents établissements pénitentiaires de la région parisienne. L'accès aux séances est soumis à inscription de la part des détenus.

Cela a souvent lieu dans les salles des fêtes des prisons ou dans les anciennes chapelles.

Chaque séance a pour objectif de dresser un portrait historique et scientifique de ces trois religions, en dehors de tout prosélytisme et sans privilégier une croyance par rapport à une autre.

Pendant deux heures, nous circulons dans l'exposition et prenons garde de ne pas tomber dans la conférence magistrale.

Après une introduction au sujet de l'IMA et du monde arabe, nous tenons à présenter les trois religions de la même manière.

Les thèmes de discussion, qui diffèrent en fonction des participants, peuvent être les lieux de cultes, la prière, le jeûne, le pélerinage, les régles de purification du corps ou de la nourriture, la mystique, l'unicité de Dieu, la musique, les fêtes, les représentations imagées... Nous nous appliquons à lister les liens qui unissent les trois religions et leurs différences.

Par exemple, il y a des divisions au sein même des religions (citons, pour le christianisme, le catholicisme, le protestantisme, l’orthodoxie et les églises d’Orient), mais la figure d'Abraham est commune aux trois religions, elles sont toutes trois originaires du Proche-Orient, Jérusalem est trois fois sainte et il y a une filiation au niveau des livres sacrés : la Thora est le premier texte apparu, puis ce fut au tour des Évangiles et enfin du Coran.

On raconte d'ailleurs comment les textes se sont construits sur une très longue période. On explique aussi que le monothéisme est le fruit d'une longue évolution à partir du polythéisme et que celui-ci est encore présent dans certaines cultures.

Enfin, on évoque l'exégèse, car il semble nécessaire de ne pas aborder les religions comme "prêtes à penser" mais de dire qu'elles nécessitent une réflexion, une interprétation. Parfois, nous sommes accompagnés par des bibiothécaires, comme à Meaux, ou par des aumôniers, mais ce n'est pas toujours le cas. À chaque séance, quelque chose se passe, il y a une vraie relation qui se noue avec l'ensemble des participants.


Quels sont les objectifs de ce projet ?
Le but est de favoriser une ouverture des détenus à ces questions et de leur permettre d'approfondir leurs connaissances, dans la perspective de leur réinsertion.


Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?
La mise en place de ce projet a pris un peu de temps, le milieu carcéral demande beaucoup de patience. Maintenant que l'exposition est montrée, l'échange qui se crée lors de sa présentation est l'occasion de moments très intenses, dans ce milieu où tout est exacerbé.

Très exceptionnellement des détenus ont cherché à déstabiliser les intervenants, les réactions sont d’une manière générale très positives. Nous précisons que nous ne sommes pas des aumôniers.

Souvent, la discussion tend à tourner autour de l'islam, parce que cette religion est moins connue que les autres ou parce que les détenus sont plus souvent musulmans que d'une autre confession. Dans ce cas, on recentre le débat : par exemple, si quelqu'un parle du pélerinage à la Mecque, on évoque aussi les pélerinages des autres cultes.

D'une manière générale, l'aide du Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation du lieu d'accueil est précieuse, surtout la première fois ; elle participe à instaurer une relation "d'hommes à hommes" avec les personnes incarcérées.

Nous n'avons ni une attitude hiérarchique, ni une attitude coercitive, nous sommes là pour autre chose. Et il est normal que nous ne sachions rien du passé pénal des détenus, nous privilégions la qualité de l'échange. Souvent, les détenus sont surpris par la manière dont nous leur parlons, notamment quand nous appelons "monsieur" un jeune homme. On établit une autre façon de dialoguer.

L'aide du SPIP permet aussi de surmonter les réticences initiales de certains surveillants, auxquels le sujet fait peur. Ils craignent que cela "mette le feu" à la prison. Au final, la plupart reconnaissent qu'ils ont appris des choses et qu'ils apprécient cette action.

À la fin de chaque séance, un petit journal de l'exposition est distribué aux détenus comme aux personnels de surveillance, qui le réclament si on oublie de leur donner. C'est signe qu'ils sont avides d'informations. On voit aussi des détenus qui prennent des notes pendant les séances.


Comment envisagez-vous l'avenir de ce projet ?
En raison de ce bilan positif, l'exposition continuera à sillonner la France à la rencontre des détenus, tant que l'état des panneaux le permettra. Parallèlement, nous aimerions adapter pour le milieu carcéral d'autres actions que nous menons actuellement avec les scolaires.