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Visite de la Cinémathèque française

Fiche bilan SPIP 92 - Cinémathèque française
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Christelle Lacour, Coordinatrice culturelle de la ligue de l’enseignement du 92 pour le SPIP des Hauts-de-Seine



Pouvez-vous nous présenter les projets culturels que vous mettez en place à la Maison d'arrêt de Nanterre ?
Les stages et sorties que nous organisons s'inscrivent dans le cadre d'un projet global ayant pour thématique le voyage et le déracinement. Il est prévu une visite de la Cité internationale de l'histoire de l'immigration pour fin 2010 ou début 2011.

C'est assez compliqué à mettre en place car les dossiers des détenus postulants sont examinés au cas par cas. Le juge d'application des peines évalue notamment l'implication des détenus dans les activités. Mais plusieurs partenariats ont déjà été mis en œuvre avec succès depuis février 2008 : avec Altermédia, association indépendante de Créative caméra, pour le festival Songes d'une nuit DV, avec le Théâtre des Amandiers pour la pièce "Je t'appelle de Paris", avec le festival littéraire Rumeurs urbaines...

affiche de l'exposition

Pour ce qui est des évènements récents, le 6 juin 2010, nous avons visité la Cinémathèque française (collection permanente et exposition temporaire "Tournages, Paris-Berlin-Hollywood, 1910-1939"), avec quatre détenus qui avaient reçu une autorisation de sortie du juge d'application des peines.

Accompagnés par deux surveillants en civil, la référente culture du département d'insertion et de probation de la direction inter-régionnale de la direction de l'administration pénitentiaire, la déléguée culturelle de la ligue de l'enseignement, la coordinatrice culturelle de la ligue de l'enseignement, ils ont pu voir le personnel de la Maison d'arrêt sous un nouveau jour : on était tous logés à la même enseigne, on avait tous à apprendre. Un bon moyen de faciliter la médiation. 

Les détenus ont ensuite approfondi leurs connaissances, en détention, grâce à un stage "Histoire et Cinéma".

D'autres détenus qui ont participé à des stages de théâtre ou à des ateliers théâtre ou littérature pourront postuler pour se rendre à la Comédie française en fonction de leur dossier. Ce sont à chaque fois des groupes de quatre à cinq personnes. Il y a aussi un projet en cours avec l'Opéra de Paris.


Quels sont les objectifs de cette action ?
La rencontre avec des professionnels a constitué, pour certains jeunes détenus se destinant à des métiers techniques, un élargissement des possibles en matière de débouchés. C'est notre but : faire changer le regard des détenus, aussi bien sur leurs rapports au quotidien avec les personnels intervenant à la maison d’arrêt que sur leur avenir.

D'habitude, ils vivent entre eux et ressassent sans cesse leurs affaires. Là, on travaille à leur ouvrir un horizon pour mieux les réinsérer dans la société. On les confronte à un autre mode de fonctionnement que celui du monde carcéral pour aller au-delà des préjugés.

En effet, même si les personnes sélectionnées pour le projet étaient en quelque sorte des détenus "modèles", il n'en reste pas moins qu'elles avaient de fortes idées reçues ("la culture, c'est pénible et laborieux" ou bien "moi je sais tout dans ce domaine").

Par exemple, pour une sortie à l'Institut du Monde Arabe, la plupart des détenus étaient visiblement de confession musulmane, et ils se sont pourtant rendus compte que, contrairement à ce dont ils étaient persuadés a priori, ils ont appris de nombreuses choses sur la culture arabo-musulmane.

En définitive, tous ont été surpris de constater que l'expérience a fait évoluer l'idée qu'ils se faisaient de la Culture : ils ont découvert des cultures plurielles et qui ne sont pas que pour "les autres". Nous tenons à faire primer le plaisir et à éviter la contrainte. Cela fonctionne même si la proposition est parfois un peu ardue, et on voit certains détenus s'épanouir complètement.


Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Ce qui est compliqué, c'est les conditions d’examen de l'autorisation de sortie de la part du juge d'application des peines (délais, situations de l’intéressé…), et puis le comportement des personnes incarcérées est assez aléatoire, ce qui fait qu'elles peuvent se retrouver privées de sortie au dernier moment... C'est toujours assez épique, mais globalement on y arrive !

Quel type de réactions ces projets suscitent-t-ils ?
Ces groupes ont souvent un effet positif sur des détenus plus fragiles. En général, les personnes qui s'investissent dans ces activités ont déjà entamé une certaine réflexion et les projets culturels s'ajoutent aux études qu'ils suivent souvent par ailleurs pour former un tout. De quoi porter un regard neuf sur la société comme sur soi-même, ce qui est valorisant.

Quel bilan global pouvez-vous tirer de votre expérience ?
Le bilan de ces projets est positif, et d'autres actions seront certainement menées : je suis seule et il faudrait au moins deux personnes, car nous avons 900 détenus. Le renforcement des effectifs du SPIP des Hauts-de-Seine devrait permettre une meilleure implication sur les actions culturelles.

Chaque jour, jusqu'à 17h, je fais essentiellement du conseil et je reçois des personnes en rendez-vous. Après, il me reste à m'occuper de toute la partie administrative.

C'est lourd à gérer. Je me sens soutenue dans mon travail, mais les restrictions budgétaires annoncées risquent de mettre à mal ce que nous pourrons proposer aux détenus, alors qu'on nous demande de garder les mêmes objectifs en termes de qualité : le même accès à la culture pour tous, dehors comme dedans. 

Bien que la volonté soit forte de refuser une culture à deux vitesses, il va peut-être falloir se tourner vers de nouveaux modes de financement, tel le recours à des fondations privées, avec lesquelles l'administration pénitentiaire a déjà noué des partenariats.