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Un cinéma singulier

Bartlomiej Woznica, responsable
des actions d'éducation à l'image

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

L’Agence du court métrage est une association créée en 1983 dans le but de promouvoir et de favoriser la diffusion du court-métrage en France.

Dans ce cadre, elle assure des actions d’éducation à l’image, parmi lesquelles des ateliers de programmation.

Le principe est le suivant : on propose à un groupe de spectateurs un panel de courts-métrages ; accompagnés par un professionnel de l’image, les spectateurs sont invités à discuter du contenu de ces films, des aspects techniques comme des questions soulevées et des réactions suscitées.

Ensuite, le groupe constitue un programme en vue d’une présentation publique.

 

Il y a cinq ans, nous avons été contactés par Romain Emelina qui anime un atelier vidéo à la Maison centrale de Poissy, et qui souhaitait diversifier ces activités.

Nous avons conclu un partenariat avec le SPIP des Yvelines ; nous intervenons depuis régulièrement dans les Maisons d’arrêt de Bois d’Arcy et de Versailles et à la Maison centrale de Poissy.

Nous organisons en moyenne trois ateliers par an. L’atelier se déroule sur une semaine, à raison de quatre heures par jours, avec des groupes d’une dizaine de personnes détenues.

Le calendrier est établit avec le SPIP ; nous ne nous inscrivons pas dans le cadre d’évènements particuliers. Il est arrivé qu’un atelier à Bois d’Arcy fasse l’objet d’une projection dans à un Festival organisé par Le Grenier à Sel, un cinéma local, mais c’était plutôt rare.
Nous discutons du choix des thématiques avec le SPIP.

Nous essayons de proposer aux groupes participants des sujets en lien avec la vie en détention, sans que cela soit abordé de manière frontale afin que l’atelier soit un vrai espace d’échanges et de réflexions. Le SPIP est par cela un interlocuteur très précieux de par sa connaissance très fine des publics dont il a la charge.

Voici les thèmes que nous avons eu l’occasion de traiter, à travers un panel d’une quinzaine de courts-métrages à chaque fois : le hasard, les héroïnes, les mondes parallèles à la Maison d’arrêt de Bois d’Arcy ; l’homme contraint, des images mentales à la Maison centrale de Poissy; l’illusion, la féminité à la Maison d’arrêt des femmes de Versailles

Au début, la restitution des ateliers donnait lieu uniquement à des projections en interne. Par la suite, nous avons eu la volonté de diffuser les films sélectionnés par les personnes détenues à un public extérieur. Nous avons donc conclu des partenariats avec des cinémas locaux.

 

Quelles ont-été les difficultés rencontrées ?
La contrainte principale est celle de la stabilité des groupes. C’est primordial que les personnes détenues puissent prendre part à toutes les étapes de l’atelier : visionnage, discussion, analyse, programmation, restitution.

Sinon, le travail que nous faisons ensemble n’a que peu de sens. Hors, en raison de la forte rotation en Maison d’arrêt, ce n’est pas toujours le cas. Nous avons pris en compte cette contrainte et nous avons ainsi resserré le temps des ateliers sur une semaine.

La restitution des ateliers pose un certain nombre de questions. Quand elle est proposée à un public extérieur, la projection des films se fait malheureusement sans la présence des personnes détenues, car il est très difficile d’obtenir des autorisations.

Du coup, nous enregistrons une présentation audio des personnes détenues, qui expliquent leur démarche, et nous la présentons en début du programme.

Quand la restitution se fait en interne, les choses ne sont pas plus simples. Il faut trouver une salle offrant des conditions correctes de projection. Il faut aussi trouver des moyens de communication et d’information pour que le plus grand nombre de personnes détenues puissent y assister.

Enfin, il n’est pas toujours évident que les personnes détenues ayant participé à l’atelier veuillent prendre la parole devant leurs codétenus.

Il y a beaucoup d’éléments que nous ne maitrisons pas qui rentrent en jeu.

Cela dit, aux vues de ces inévitables contraintes, je dirais que nos ateliers se déroulent plutôt bien et suscitent réellement des échanges riches et passionnés! Et c’est sans doute le principal, créer un espace de parole où, par la médiation des œuvres, les individus puissent se dire.


Quelles sont vos perspectives ?

 

Nous souhaitons poursuivre nos activités, sans forcément chercher à intervenir sous d’autres modalités. Je pense que le SPIP souhaite préserver la diversité de ses partenariats, plutôt que de faire évoluer la formule de l’atelier telle qu’elle existe actuellement.

Travailler avec d’autres SPIP, ce qui est arrivé ponctuellement notamment dans les Hauts de Seine ou avec la maison d’arrêt du Mans, est par ailleurs une véritable volonté de notre part.