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TV Fresnes vu par un ancien participant

Danny Thelineau, ancien participant

 

J’ai été incarcéré à Fresnes en mars 2009. Très vite, j’ai cherché un moyen afin de ne pas rester enfermé dans ma cellule. C’est le chef de la troisième division qui a décidé de m’affecter à l’atelier vidéo car j’avais des connaissances en informatique.

Au départ, ce n’était donc pas un choix délibéré, plutôt un moyen d’échapper à l’enfermement. Très vite, j’ai pris mes marques dans l’atelier et je m’y suis beaucoup plu. C’est surtout la découverte des techniques audiovisuelles et la pratique du montage qui ont suscité mon intérêt.

Normalement, les participants rejoignent le groupe de Dominique ou celui de Delphine, et participent à deux séances par semaine. Pour ma part, j’ai eu la chance de pouvoir assister aux quatre séances hebdomadaires, et de travailler aussi bien avec Delphine qu’avec Dominique.

J’ai pu noter leur complémentarité. Dominique a une organisation plus rigoureuse du travail d’équipe, et elle consacre beaucoup de temps au montage. Avec Delphine, nous disposons de d’avantage d’autonomie, elle intervient en dernier lieu pour donner son avis ou pour corriger des erreurs techniques.

J’ai adoré travaillé avec chacune d’elles.

Malgré mes connaissances en informatique, il m’a fallût me familiariser avec les logiciels de montage.  J’ai appris en suivant les conseils des deux intervenantes, et en regardant les autres faire. Petit à petit, on m’a laissé me débrouiller tout seul.

La configuration des équipes changeait en fonction des étapes de travail ; nous discutions tous ensemble du choix des sujets, puis nous réalisions les tournages en binômes. Pour le montage, j’étais autonome, seul derrière mon ordinateur mais tenant compte des orientations du groupe.

Les intervenantes étaient présentes pour nous conseiller, nous donner des idées, corriger nos erreurs éventuelles.

Je touchais à tout : prises de vue, prises de son, montage. J’ai aussi réalisé quelques présentations à l’antenne, mais c’est surtout le travail technique qui me plaisait. Pour moi c’est très important d’être présent à la fois sur le tournage et sur le montage : quand on sait quelles captations on a réalisé, on est plus à l’aise en post production.

 

Quel était l’accueil réservé à TV Fresnes par les autres détenus ?

TV Fresnes était diffusé dans tous les bâtiments de détention, cependant je n’ai pu recueillir que les réactions des personnes de la division 3 dans laquelle j’étais incarcéré.

La  rubrique « Recettes de cuisine » est de loin celle qui rencontrait le plus de succès. Non seulement elle reflète la diversité des cultures en détention, mais elle présente aussi l’avantage de proposer des recettes réalisables avec le peu d’équipement que nous avions à disposition. À Fresnes, contrairement à la majorité des établissements pénitentiaires, il n’y a pas de plaque électrique ni de réfrigérateur. Les détenus cuisinent avec des « chauffes », des boîtes de conserve remplies d’huile bouillante.

Quand une recette retenait notre attention, l’équipe sollicitait l’autorisation d’apporter une plaque électrique, et nous cuisinions directement dans la salle d’activités !

Les captations d’évènements sportifs et culturels, comme le tournoi de foot inter-divisions ou les concerts organisés en détentions, avaient aussi beaucoup de succès.

 

En quoi votre participation à cet atelier vous a-t-elle été profitable ?

La première chose qui a du sens, c’est de rencontrer des gens de l’extérieur, autre que des avocats ou des personnes évoluant dans le champ de la prison ou de la justice, qui  viennent nous transmettre leur savoir faire et partager un moment avec nous.

En prenant part à l’atelier, on a vraiment l’impression d’avoir une utilité au sein de la prison.

Manipuler la caméra, les logiciels de montage, c’est quelque chose qui me plaisait mais dont je ne pensais pas faire mon métier.

Et pourtant, grâce à TV Fresnes, j’ai eu cette opportunité.

Un ancien présentateur d’une chaîne de télévision, « La Locale » en Seine-Saint-Denis, a fait un bref séjour à la Maison d’arrêt. Grâce à ses contacts, et au relais efficace de Delphine, j’ai pu décrocher un stage à « La Locale » à ma sortie de prison.  Pendant un mois, j’ai pu faire la preuve de mes compétences et achever ma formation technique. J’ai ensuite été embauché en tant qu’intermittent pour cette même chaîne de télévision de novembre 2010 à avril 2011.

Aujourd’hui, je n’exerce plus de profession en lien avec l’audiovisuel mais cela continue à faire partie de ma vie. J’ai des amis qui réalisent des clips et qui me demandent régulièrement des conseils, un coup de main.

 

Qu’est ce qui, selon vous, pourrait améliorer le fonctionnement de l’atelier vidéo ?

Pour moi, il serait important, en tout premier lieu, que les chefs de détention soient d’avantages ouverts aux demandes que nous formulons dans le cadre de l’atelier. Les autorisations d’accès aux lieux de rassemblement collectif comme la salle de spectacle ne sont pas accordées à tous les participants.

Ensuite, j’aimerais vraiment qu’il y ait une reconnaissance de notre atelier par l’institution, qui se concrétise par l’octroi de crédits conséquents. Dominique et Delphine se démènent pour trouver des financements ; à l’exception de la région, elles sont surtout soutenues par des partenaires privés. La qualité de leur travail est unanimement reconnue, comme en témoigne la remise du prix de la Fondation Audiens en décembre 2011, auquel j’ai assisté.  Et pourtant, elles ne peuvent pas compter sur une aide financière  conséquente de la part de l’Etablissement.

Cet atelier est très important. Beaucoup de détenus sont heureux d’y participer ; pour les autres c’est une source non négligeable d’informations, et une ouverture sur le monde quand on n’a pas les moyens de payer un abonnement à la télévision.

Ce qui serait vraiment bien, ce serait de construire un espace permanent, dédié à la pratique de l’image. Pour le moment, l’atelier se déroule dans une salle polyvalente qui accueille aussi d’autres activités. Si une salle était mise à disposition de l’atelier, on pourrait y installer un studio, avec un plateau, un fond vert, comme une vraie chaîne de télévision !

Avoir un vrai espace de travail, cela donnerait une autre dimension aux activités. Cela montrerait que nous ne sommes pas derrière un ordinateur juste pour passer le temps. Ce serait une vraie reconnaissance de notre travail.