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Séquences audiovisuelles

Eric Le Lan, animateur audiovisuel

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ? 

Canal Ti Zef est une association de vidéo brestoise, créée en 2001 et reconnue d’éducation populaire. Elle accompagne des projets de réalisation audiovisuelle et propose régulièrement des projections de films dans divers lieux (bars, associations). Elle organise chaque année depuis 2001 le Festival intergalactique de l’image alternative. Le Festival est construit autour d’une volonté de faire connaître une culture et d’échanger, avec comme support principal le film documentaire diffusé hors des grands circuits commerciaux, mais aussi des concerts et des ciné-concerts.

Nous avons animé deux ateliers sur l’image à la Maison d’arrêt de Brest. 

Le premier atelier, entre 2010 et 2011, a consisté en la réalisation de séquences audiovisuelles destinées à alimenter le canal vidéo interne. La seconde, que nous poursuivons tous les ans, consiste en la projection d’un film dans le cadre du Festival intergalactique.

Pendant un an et demi, nous avons animé l’atelier vidéo en partenariat avec l’association Côte Ouest. Initialement, une convention devait associer Canal Ti Zef, Côte Ouest, La Carène, la Cinémathèque de Bretagne et le SPIP du Finistère autour de la mise en œuvre de ce projet. Cette convention n’a finalement jamais été signée. Quand la personne du SPIP en charge de la coordination culturelle est partie en congé maternité, les activités ont été quelque peu désorganisées. De fait, et en raison de l’absence de moyens financiers, nous avons interrompu l’activité vidéo.  Concernant la projection des films, nous travaillons désormais avec la Ligue de l’enseignement ; c’est à cette association que nous facturons nos prestations, et c’est elle qui est en relation avec la Ligue de l’enseignement du Finistère. Cette dernière a hérité il y a un an de la coordination des activités culturelles dans les établissements pénitentiaires du département.

Le changement d’interlocuteurs et la baisse continue des crédits alloués nuit à la pérennité et au développement des actions.
Les moyens techniques compliquent également notre travail. Si les émissions et petits films réalisés dans le cadre de l’atelier était censés être diffusés sur le canal vidéo interne, cela n’a jamais été fait…car il n’y a pas eu de canal vidéo.
La Bretagne était une région pilote pour l’expérimentation de la TNT. Quand celle-ci a été mise en place, le canal vidéo interne, qui diffusait  en analogique, a cessé d’émettre. Une  solution technique a été recherchée, mais sans succès.

Malgré tout, nous continuions de produire des courts-métrages. Nous étions positionnés sur la fiction, tandis que l’équipe de Côte Ouest s’occupait des contenus informatifs. Cela nous laissait libres du choix des sujets.
Les cinq participants à l’atelier choisissaient la programmation, puis prenaient part au tournage et au montage. Kristen, de Canal Ti Zef, et moi-même, intervenions toutes les semaines.
Les possibilités de prises de vue étaient très limitées. Nous n’avions pas l’autorisation de filmer la prison, ni les visages des personnes détenues. En fonction des projets, les participants nous commandaient des images que nous allions recueillir à l’extérieur.

Le dernier film réalisé, peu avant la fin de l’atelier, est une mise en images de la chanson Breaking the wall de Pink Floyd, avec des playmobils !
Nous avions proposé aux participants d’utiliser les techniques de l’animation image par image et du stop motion. Aux vues des contraintes qui nous étaient imposées, cela nous apparaissait comme le meilleur moyen d’expression.

Les participants ont choisi la musique. Ils  ont ensuite animé les playmobils sur un fond vert sur lequel nous avions incrusté des images. Sur les indications des participants, Kristen et moi étions allés filmer en extérieur. Les travaux pour l’implantation du tramway dans la ville de Brest nous avaient donné matière à nombre d’images de murs en démolition. 
Le film fut tourné et monté en sept ou huit séances.
Comme le vecteur de diffusion initialement dévolu, le canal vidéo interne, n’était pas opérationnel, nous avons organisé une séance de projection collective dans la salle commune. Cela a été l’occasion de  montrer toutes nos réalisations.

En marge des courts-métrages de fiction, nous filmions les évènements organisés au sein de la Maison d’arrêt : concerts, spectacles. Parfois, nous avions recours à des dispositifs plus sophistiqués qu’une simple captation d’images. Ainsi, nous avons filmé des concerts en multicam et les avons  mixés en direct sur une table de mixage vidéo. Le résultat était de qualité mais nous avons mis beaucoup de temps à obtenir l’autorisation d’une diffusion en interne. 

Nous avions aussi la volonté de rendre accessible des évènements culturels organisés à l’extérieur. Une convention passée à La Carène, la Salle  des musiques actuelles de Brest, nous autorisait à filmer les concerts pour les  diffuser en détention.


Qu'elles sont les difficultés rencontrées ?


La temporalité de la Maison d’arrêt n’est pas adaptée à un atelier vidéo. 
Cette activité n’a de sens que si les participants sont impliqués du début à la fin, depuis l’écriture du scénario jusqu’au montage du film. Or ce n’est jamais le cas ; en raison des transferts, des sorties, les groupes sont sans cesse renouvelés.

Enfin, il faut dire un mot sur le manque de moyens financiers qui est le principal frein au développement des actions culturelles en prison. Si on veut construire quelque chose sur le long terme, il faut s’en donner les moyens, et donner des moyens. Nous, intervenants, nous donnons les moyens de bien faire les choses. C’est dans la philosophie de notre association que d’accepter de réduire nos salaires pour pouvoir participer à des projets qui nous intéressent. Mais au bout d’un moment, les bouts de ficelles finissent par casser. Les institutions doivent prendre le relais et nous donner des moyens, c’est-à-dire des financements.


Quel sens donnez vous à votre action ?


Nous sommes une association d’éducation populaire. Pour nous l’éducation demeure partout. 
La première des motivations, c’est de permettre à ces personnes de sortir de leur enfermement et passer un bon moment. Un participant de l’atelier vidéo, en détention provisoire, me disait qu’il serait devenu fou s’il était resté toute la journée dans sa cellule avec son co-détenu. 
Nos activités représentent aussi une ouverture sur l’extérieur, une possibilité pour les  détenus de porter un regard différent sur les images qui les entourent. 

Nous essayons de proposer une programmation équilibrée ; de montrer des choses qui leur plaisent et dans lesquelles ils peuvent se reconnaître, mais aussi de leur faire découvrir des genres nouveaux. Malgré tout, nous ne voulons pas aller vers des formes artistiques trop arides et expérimentales. Une fois qu’ils sont installés dans la salle de spectacle, sans la possibilité de sortir avant la fin, les détenus ne se priveraient pas pour faire du bruit et troubler la séance si le film ne leur plaisait pas !

Eric Le Lan et la diffusion de films