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Restitution d'activités - Hors Cadre

Marc Le Piouff - chargé de mission Culture Justice


Pouvez-vous nous présenter l'association et ses missions ?

Fondée en 1997, Hors Cadre est une association qui conduit des actions de démocratisation de la culture en direction des publics qui en sont éloignés. Elle porte et développe notamment le dispositif Passeurs d’Images en région Nord Pas de Calais.

En 2003, l’association s’est vue confier une mission régionale de développement culturel pour les personnes placées sous main de justice, dans les onze établissements pénitentiaires  du Nord-Pas de Calais et en milieu ouvert. Une convention, déclinaison régionale des protocoles Culture/Justice nationaux, associe la DISP Nord – Pas de Calais, Picardie, Haute Normandie, la DRAC Nord – Pas de Calais et l’association Hors Cadre. 

Nous avons une mission d’expertise, de conseil et de médiation. Chaque année, nous participons à la définition et à la mise en œuvre d’une politique de développement culturel à destination des personnes placées sous main de justice. Entre 80 à 90 projets (du concert à l’atelier), dans tous les champs d’expression artistique et culturels, sont ainsi mis en place tous les ans par les SPIP et les directions des établissements.

 

Quelles actions de pratique de l'image proposez-vous ?

L’un de nos projets les plus ambitieux en termes d’images concerne la réalisation en 2011 d’un web-documentaire, visible sur le site Internet de Hors Cadre. www.horscadre.eu 

Le webdocumentaire est au service de la valorisation et du partage des activités culturelles mises en œuvre pendant la période estivale dans les établissements pénitentiaires concernés par l’opération « Nos Quartiers d’été en milieu pénitentiaire ».

Crée il y a vingt-deux ans, « Nos Quartiers d’été » est un projet spécifique à la Région Nord-Pas-de-Calais, qui offre la possibilité aux personnes ne pouvant pas partir en vacances de participer à des activités culturelles et sportives dans leurs villes. Depuis quatre ans, ce projet est décliné en milieu pénitentiaire. 

L’année dernière, afin d’approfondir le dispositif décliné en prison, les partenaires ont décidé de recentrer le dispositif sur les établissements pour peine de Maubeuge et de Bapaume.

Le Brésil a été mis à l’honneur à travers diverses propositions artistiques : capoiera, samba, percussion, découverte de la culture du continent américain (cuisine, littérature, cinéma), ateliers d’expressions artistiques et sportives ont rythmé le quotidien des personnes détenues pendant un mois. 

Trois fêtes de clôtures, organisées en détention, marquaient l’aboutissement de l’opération. Le projet ne prenait sens que si nous trouvions un moyen de  faire partager les actions aux familles des personnes détenues. La vidéo nous semblait ici être le meilleur support au lien Dedans-Dehors.

Les participants des trois ateliers vidéo, accompagnés par un professionnel d’Hors Cadre ont filmé les différents ateliers artistiques. Ils ont procédé à un pré-découpage des séquences. Les intervenants d’Hors Cadre se sont alors chargés de réaliser le montage final, en tenant compte des orientations prises par les personnes détenues, et de les faire valider par la DISP.

Trois feuilletons de cinq épisodes chacun (un par établissement ou quartier) rendent compte de cette aventure collective. 

C’est la première fois qu’un tel dispositif de restitution d’activités en détention est proposé sous une forme consultable pas tous. Cela n’aurait pas été possible sans le travail conjoint avec l’administration pénitentiaire. 

Sur la vidéo, les détenus n’apparaissent pas à visage découvert. Comme nous voulions éviter toute forme de floutage, nous avons travaillé sur un cadrage très serré travaillant sur la notion du corps en mouvement rendu possible par la forme des ateliers (danse, sport, percussion).


Justement, quelle est votre position sur le droit à l'image en prison ?

La question du droit à l’image est une question délicate, qui nécessite de prendre le temps de se parler, d’expliquer, de négocier.

D’un autre côté, le droit à l’image porte en lui-même la solution au problème qu’il engendre : c’est un droit. Mais dans le cadre de la mission qui nous est confiée par la DISP et la DRAC, il nous faut garder à l’esprit et les contraintes de nos partenaires, le droit de toute personne à disposer de son image et nous interdire toute approche péremptoire d’un côté comme de l’autre. 

En détention comme partout l’image circule, elle entre et sort, elle est accessible, elle est une évidence. Dans les projets culturels, l’image devient quasi incontournable par sa facilité d’utilisation, son potentiel créatif, le retour immédiat qu’elle permet. Est-ce qu’on s’interroge toujours sur ce qu’elle signifie et ce qu’elle a à dire ? Je n’en suis pas sûr et il y aurait déjà là à s’interroger sur le sens que l’on veut donner à l’image qu’on mobilise.

Sur la question du droit à l’image, il y a, je pense, un malentendu entre le reportage et la création artistique. Le fait qu’un détenu apparaisse à visage découvert quand il s’exprime, dans une démarche journalistique, peut avoir des conséquences en termes de sécurité pour lui-même et son entourage. En revanche, dans le cas d’un projet artistique, nous sommes sur une forme différente. C’est une personne impliquée dans un processus de création que l’on donne à voir ou qui se met en scène, indépendamment de sa situation de détenu mais consécutivement à une situation de contrainte.

Se libérer de cette contrainte par l’image assumée dans une démarche artistique me parait aller dans le bon sens.

Si l’incarcération n’est pas le propos, que l’espace carcéral n’est pas identifiable, il n’y a pas de sens à les convoquer à nouveau par les dispositifs du floutage sursignifiant.


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