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"RAVIE" - Chanson française urbain

Entretien avec Pierre Durand, musicien

 

Marine Bercot : auteure, chanteuse, Stomp pedal

Pierre Durand : composition, chœur, guitares, sample.

            

Marine Bercot et Pierre Durand brouillent les codes musicaux avec deux concerts bruts et intimes au centre de détention de Réau.

 

Quels ont été vos partenaires 

L’association Léo Lagrange, qui assure la programmation en milieu carcéral, nous a programmés un concert pour les femmes et un pour les hommes. Nous avons travaillé avec Julien Maréchal, coordinateur pour toute l’Île-de-France et Maud Lahon pour le centre de détention de Réau.
Dans le cadre de concerts à l’extérieur, « RAVIE » fait partie du programme de soutien à la diffusion « Génération Spedidam 2014-2017 ».

 

Sous quels contrats ou conventions s’est inscrit votre projet ?

Les contrats passés étaient des contrats de cession.

 

Pouvez-vous décrire votre projet ?

« RAVIE » est un récit de sensations. Comme des petites scènes… Une fille raconte des chapitres de vie. Elle donne son point de vue sur la famille, la solitude, le désir masculin, la féminité, la consommation… Elle invite à une conversation intime, à entrer dans son univers radical et frontal.
Il y a un processus répétitif, des boucles, des riff : un effet d’hypnose mais jamais dans le même pays…

Un fil conducteur ? Sa voix. Un langage direct, sans fioritures ni pincettes. Et une certaine dose de dérision, de désinvolture. Il s’agit de prendre le contre-pied. Surtout ne pas illustrer le propos, mais le décaler pour qu’il soit normal, sans pathos, sans drame.

 

Quels ont été vos moyens ?

Ce projet est léger en termes d’installation et de coûts. Nous sommes venus avec notre ingénieur du son, Nicolas Dufournet. Le centre de détention de Réau n’ayant pas d’enceintes ni de sono, nous avons apporté et installé tout le matériel avec son aide.

 

Comment se sont déroulés les concerts ?

L’expérience a été excellente. Il s’agissait à la fois des premiers concerts de ce tout nouveau projet et aussi des premiers concerts en milieu carcéral pour Marine et moi.

Les détenus buvaient le moindre mot de chaque chanson. On sentait que chaque parole était goûtée avec une intensité rarement constatée de notre part sur une scène "classique".

Nous avons tous fait preuve d'humour, de sensibilité et de simplicité. Le contact a été sincère et chaleureux. Nous avons eu droit à des conseils en stratégie de carrière ( ! ), des demandes d'explications de textes qui les ont beaucoup intrigués et interpellés.

Leurs retours enthousiastes confirmaient que nous étions justes dans la proposition artistique. Son aspect actuel et urbain, en reprenant les codes du hip hop ou du slam, est un genre que les détenus maîtrisent sur le bout des doigts. On ne peut pas tricher là-dessus avec eux. 

Mais « RAVIE » intègre aussi à ces codes musicaux d'autres styles : rock, valse ambiance "orgue de barbarie", folk, poésie. Du coup le duo les baladait entre un univers maîtrisé et un autre moins connu mais avec toujours un élément familier auquel ils pouvaient se raccrocher. Et ils ont « kiffé ». Certains détenus nous ont dit que cela leur faisait du bien car « ça nous change du quotidien, de ce qu’on écoute d’habitude, et en même temps ça a un rapport ».

 

D’autres remarques marquantes ?

« - Vous avez un Youtube ?
- Oui.
- Ok on va vous faire des vues.
- Mais, vous n’avez pas accès à internet !
- (rires) T’inquiète… »
 « - En tout cas si elle était ici, elle se mangerait des Cri (prononcez « Série).
- Série comme une série à la télé ?
- Non, Cri  (prononcez toujours Série) comme compte rendu d’incident, c’est ce que t’as quand tu dis un gros mot… »
« Je ne savais pas qu’on pouvait faire tout ça à deux. »

 

Quels ont été les moments les plus marquants ?

L’entrée en prison pour la première fois. Les couloirs, les cours. La vision de prisonniers qui, en attendant l’arrivée d’autres détenus pour le concert, se mettent à marcher en petit groupe, dans une synchronisation parfaite, tout en discutant.

Les discussions d’après concert, bien malin qui peut dire parfois s’il discute avec un éducateur ou un détenu.
Le recul de certains détenus de longue peine vis-à-vis de leur situation.
L’extrême gentillesse de certains gardiens.
La façon dont les détenus disent « merci » lorsque le moment est venu de se quitter.

 

Y a-t-il eu une suite au projet ?

Oui, nous avons de bonnes pistes à suivre et le soutien de Julien Maréchal de l’association Léo Lagrange ; mais ces choses-là prennent du temps en univers carcéral : les thèmes de programmation se préparent très longtemps en amont, indépendamment du projet retenu, dépendant lui-même des crédits alloués dans le cadre de ces programmations.

Nous souhaitons renouveler cette expérience et également proposer un atelier d’écriture. A la fin du stage, nous organiserions un concert où seraient joués et interprétés les textes produits. Nous nous rendons compte que ce type de concert et ce type d’atelier peuvent s’appliquer à n’importe quel endroit en France « oublié » culturellement.