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Programmes Citoyens

Gaël Langaret, administratrice

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

L’Arrosoir à Emile est une association créée il y a dix ans pour promouvoir le cinéma d’animation et le faire partager à tout le monde, au-delà de l’idée reçue qui veut qu’il s’adresse uniquement au jeune public. Nous nous intéressons au cinéma d’animation sous toutes ces formes, quel que soit le format, le genre.
Nous développons des activités éducatives, créatrices et récréatives ; ainsi nous avons organisé pendant les trois premières saisons « les Fantasmagories », des rendez-vous dans la ville autour du cinéma d’animation et du spectacle vivant.
Nous avons aussi un rôle de médiation culturelle, en partenariat avec d’autres structures, et c’est dans ce cadre que nous avons créé les ateliers de programmation citoyenne.
La première expérience a été menée dans un centre social d’un quartier de Rennes. L’idée était d’y d’organiser une projection grand public, et de demander aux usagers de déterminer une partie de la programmation. Al’issue des séances de visionnages, les intervenants, des réalisateurs ou animateurs (marionnettistes) professionnels issus de l’association, discutent avec le public et expliquent les différents aspects du film. L’éducation à l’image repose sur un équilibre entre la forme (sensibilisation aux différentes techniques) et le fond (échanges autour de l’histoire raconté et des  ressentis du public).
Nous organisons des ateliers analogues dans différents lieux : associations, comités d’entreprises, CCAS, maisons de quartiers, médiathèques… L'ensemble des sélections issues de ces ateliers constitue un programme "Citoyen" qui est diffusé, par exemple, lors du Festival national du film d'animation à Bruz.
Nous avons décidé de reproduire cette expérience en prison, où nous avions déjà, par le passé, conduit des actions ponctuelles. Ainsi depuis 2006, à l’occasion de la Fête du cinéma d’animation (quinze jours en octobre), nous avons organisé des séances de projection de films en présence de leurs réalisateurs, dans les maisons d’arrêts de Rennes et de Saint-Brieuc.

Les ateliers de programmation citoyenne au Centre pénitentiaire de Rennes-Vezin ont débuté en 2010. Nous avons proposé cette idée en comité de pilotage du Festival de Bruz, qui l’a approuvé. La cinémathèque de Bretagne nous a permis de nous rapprocher de la Ligue de l’Enseignement d’Ille et Vilaine, qui coordonne le développement des actions culturelles en milieu pénitentiaire sur tout le département.

Anne-Héloïse Botrel, de la Ligue de l’Enseignement, est donc notre première interlocutrice pour ces activités.

En 2010, un atelier de programmation a été animé par un membre de l’Arrosoir à Emile et un cinéaste professionnel. En 2011, nous avons organisé trois ateliers. Je les ai animés en compagnie d’Anne-Héloïse qui connait bien les personnes détenues.

 

Comment avez-vous préparé ces ateliers en amont? Quelles ont été les réactions des personnes détenues ?

L’administration pénitentiaire n’a pas demandé à avoir un droit de regard sur la programmation. J’ai néanmoins discuté du choix des films avec Anne-Héloïse, mais elle m’a encouragée à être libre dans ma sélection.

L’activité ne s’étend pas sur plusieurs séances ; nous devons, en une heure et demie de rencontre, expliquer notre démarche, donner une brève présentation des spécificités du cinéma d’animation, visionner les films (programme de courts-métrages) et engager la discussion.

Nous essayons d’aborder l’aspect technique, d’expliquer le fonctionnement de l’animation image par image, et de montrer au passage qu’il ne s’agit pas simplement de dessins animés. Puis la discussion s’étend à la réception du film, au message, aux thèmes abordés.

Les personnes détenues qui assistent aux ateliers sont une dizaine environ. Elles ont des expériences et des bagages culturels très différents. Certains sont de forts consommateurs d’activités culturelles en détention et  étaient déjà sensibilisés au cinéma d’animation ; d’autres pas du tout.

Je n’ai pas noté de différences particulières avec les autres publics auprès desquels nous avons mené des ateliers analogues. Le seul point notable peut être, c’est la non mixité, qui engendre une certaine réticence à se laisser aller à l’émotion. Les années précédentes, j’avais trouvé qu’ils avaient une faible résistance à la frustration. Si un film ne leur plaisait pas, ils capitulaient tout de suite. Cette année au contraire, ils ont fait preuve de plus de patience et de persévérance.

 

Quelles sont vos perspectives ?

Ces ateliers sont ponctuels et nous souhaiterions pérenniser notre action par la mise en place d’un atelier sur le long terme, autour de la création d’un film. Les personnes détenues elles même ont exprimé ce souhait.