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Programmation équilibrée

Colin Péguillan, animateur cinéma-éducation à l’image de la MJC Aliénor d’Aquitaine

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

Cela fait six ans que je mène des actions culturelles auprès de personnes placées sous main de justice.
Jusqu’en 2008, les activités avaient lieu à la Maison d’arrêt de Poitiers.

Elles s’adressaient plus particulièrement aux personnes détenues mineures ; nous intervenions pendant les vacances scolaires, période « creuse » où ces adolescents sont quelque peu désœuvrés.

En 2009, la Maison d’arrêt de Poitiers a fermée et a été remplacée par le Centre pénitentiaire de Vivonne. Nous y avons poursuivi nos activités, auprès d’un public adulte.

Mon travail s’inscrit dans le dispositif d’éducation à l’image « Passeurs d’Images ». Il se concrétise par des projections de films suivies de discussions, et sur des ateliers de création audiovisuelle. J’interviens en tant que médiateur, aux côtés de professionnels de l’image, réalisateurs ou techniciens.


Quelles actions d'éducation à l'image organisez-vous?

Nous organisons des projections de films, deux fois par an en moyenne, dans chacun des quartiers de l’établissement.

Pour des questions pratiques d’obtention des droits de diffusion, et dans le souci de valoriser le travail de réalisateurs locaux, nous privilégions les films tournés dans la région.

Le responsable du Pôle régional d'éducation artistique et de formation au cinéma et à l'audiovisuel de Poitou-Charentes vient présenter ces courts-métrages et discuter avec les personnes détenues. Au-delà des aspects esthétiques et thématiques du film, il parle de l’économie du cinéma, de sa réalité dans la région.

Dès que cela est possible, nous invitons les réalisateurs.

Notre programmation se veut équilibrée : il s’agit de montrer des images différentes de ce que les personnes ont l’habitude de voir à la télévision, mais cependant accessibles et en phase avec leurs préoccupations.

Très prochainement, par exemple, nous allons projeter Voukoum,  en présence du réalisateur François Perlier, un documentaire sur le mouvement culturel guadeloupéen.

Ce sont toujours des moments agréables, qui offrent une ouverture sur l’extérieur et permettent à des gens d’horizons différents de se rencontrer. Les personnes détenues ont très envie d’échanger, autour du film mais aussi autour de sujets de société ou d’anecdotes plus personnelles. Pour les réalisateurs, c’est l’occasion de se confronter à un autre public et d’avoir un retour différent sur leurs films.


Quelles sont les contraintes rencontrées?

J’ai appris à m’adapter aux contraintes carcérales. La difficulté vient de ce qu’elles sont variables d’une année sur l’autre, en fonction des changements de Direction. A ce sujet le rôle de nos interlocuteurs du S.P.I. P est vraiment primordial. Leur rôle d’interface entre nous et l’administration pénitentiaire est essentiel.

 

Mais nous souhaitons montrer aux personnes détenues que loin d’être des obstacles, elles peuvent être transformées en consignes artistiques et renforcer le processus de création.  Face à l’absence de décors et à la difficulté de montrer les visages, nous exploitons des sons, des images existantes, des créations plastiques.

Les  conditions dans lesquelles se déroulent les projections sont loin d’être idéales. Le visionnage se fait sur un écran plat dans la salle polyvalente, alors que nous aurions souhaité privilégier la vidéo-projection.

Et pourtant, le gymnase de l’établissement dispose d’un écran géant et d’un vidéo projecteur flambant neuf ! Malheureusement, il  n’est absolument pas adapté à une projection collective : les conditions acoustiques sont déplorables et il est impossible d’obstruer les fenêtres pour faire le noir.

C’est vraiment dommage de constater que dans un établissement neuf et équipé, les espaces culturels ont été agencés en dépit du bon sens.

 

Colin Péguillan et les films d'animations