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Prix du jury - Festival du Film des Droits de l’Homme

 

Laurent Duarte, Secrétaire général de l’association Alliance Ciné et programmateur du Festival International du Film des Droits de l’Homme

Création d'un prix du jury annuel à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis dans le cadre du Festival International du Film des Droits de l'Homme depuis 2013.


Quelles actions menez-vous en prison dans le cadre du festival ?

Depuis quatre ans, nous mettons en place à Paris un jury composé d’au moins huit personnes détenues qui, entre février et avril, assistent à dix projections-débats et remettent deux prix lors de la cérémonie de clôture du festival.

Chaque séance est suivie d’un débat avec des intervenants extérieurs (réalisateurs, chercheurs, journalistes), comme les réalisateurs Claude Drexel pour Au bord du monde en 2014 ou Ayat Najafi pour No land’s song en 2015.

Nous choisissons des cinéastes indépendants, parfois amateurs, pour montrer la difficile réalité du métier de documentariste, le « gris » du cinéma et les difficultés à traiter des droits humains grâce aux films.

Nous invitons également des militants des droits de l’Homme tels que les membres de l’association Aides pour un débat sur la question de l’homosexualité ou la journaliste et réalisatrice Caroline Donati de Mediapart sur les figures de la révolution populaire en Syrie.

Sur quels thèmes ?

Chaque année, nous essayons de porter des sujets divers, des propositions documentaires dans plusieurs régions de la planète. Cette année, nous évoquerons la question du conflit israélo-palestinien, de la torture en Iran, de la condition domestique au Mexique ou encore du mouvement noir aux Etats-Unis. 

Le FIFDH - en association avec Carcéropolis, l’OIP et les Lucioles du DOC - souhaite également parler de la question carcérale hors de la maison d’arrêt de Fleury Mérogis. C’est pourquoi, un cycle de projections-débats « Et si on regardait les prisons » a été initié avec des thèmes comme l’architecture des prisons, le travail en détention, les peines alternatives à la détention…

Comment a démarré ce projet ?

Nous nous sommes inspirés du festival du film de Toronto (arrêté depuis) ; une de mes prédécesseurs y a été stagiaire.

Nous avons démarché l’administration pénitentiaire avec ce projet et elle nous a aiguillés vers la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, qui s’y prête bien pour la logistique et le public. Ce sont des hommes détenus pour de courtes peines, choisis par l’administration pour « bonne conduite ».

 

Vous développez votre action à Strasbourg et à la Réunion. Cette évolution s’inscrit-elle dans le projet de départ ?

L’évolution du projet n’était pas anticipée mais il est certain que le projet à Fleury-Mérogis nous sert d’exemple et a permis de mieux cibler les attentes des personnes détenues, l’organisation des évènements, ainsi que la recherche de financements. Chaque festival a sa logique partenariale et de développement propre.

Ce sont donc les équipes de la Réunion et de Strasbourg qui ont décidé de développer des actions en milieu pénitentiaire en association avec d’autres structures culturelles.

A Saint-Denis de la Réunion, il s’agit de 3 séances-débats au sein de la maison d’arrêt.

A Strasbourg, avec l’association Planète Mas, un jury a été mis en place en 2015. Mais, contrairement à l’expérience parisienne, les détenues n’ont pas d’autorisation de sortie pour la remise des prix.

Votre projet est-il une sorte de dispositif national adaptable dans les prisons nationales ?

Nous comptons désormais une dizaine de festivals en France par an. Chacun de ces festivals pourrait en effet porter une action en milieu pénitentiaire. Pour le prochain festival de Guadeloupe, nous étudions la possibilité de créer un jury composé de personnes détenues.

Comment financez-vous cette action ?

Nous avons signé une convention en partenariat avec le SPIP Essonne et le ministère de la Justice. Ils prennent en charge 30% du projet.

Le reste relève de financements privés, de mécénats ou fondations. En fonction des appels à projets, notre projet est sous l’égide de la Fondation de France ou du Barreau de Paris. Le financement est parfois difficile.

Quels en sont les objectifs ?

Amener le documentaire et les réflexions citoyennes là où ils sont absents : dans les prisons mais aussi dans les quartiers populaires. Nous amenons de la culture et des débats dans la maison d’arrêt, nous donnons une place aux détenus. 

Au-delà de la démocratisation culturelle, nous renforçons la dignité humaine des détenus.

On travaille avec l’administration pour que l’action soit aussi une réinsertion. Pour les détenus participants, la perspective de sortie s’accélère, car ils sont en fin de peine. On est un facilitateur, on est là en appui. On débat, on amène des pistes de réflexion, on parle du monde extérieur, car les films permettent de s’y projeter.

Et notre projet fonctionne. Souvent, les anciens jurés reviennent vers nous ou vers des associations rencontrées lors des projections.

Enfin, pour les réalisateurs et les défenseurs des droits humains, il s’agit aussi de confronter leur film ou leur action à un public nouveau et de débattre dans un environnement moins feutré qu’au cinéma ou dans lieux culturels traditionnels.

Comment travaillez-vous ?

Notre équipe organise, cherche les fonds, les intervenants et le contenu.

Nous travaillons en partenariat avec l’association Les Lucioles du Doc. Nous sommes une petite structure, donc nous faisons appel à elle pour mettre en place des projets sur le terrain. Elle met en place les projections, anime les débat, accompagne les réalisateurs, échange avec le SPIP sur place, amène le matériel.

Nous choisissons ensemble les films et les réalisateurs et organisons des débats publics.