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Portraits citoyens et Portraits de projets

Marc Le Piouff, chargé de mission

 

culture/justice à Hors Cadre

 

Les personnes détenues interviewent des personnalités extérieures sur leurs engagements citoyens et professionnels.

Une démarche expérimentale de professionnalisation menée en collaboration avec Hors Cadre par le SPIP du Nord, les établissements pénitentiaires de Douai, Valenciennes, Dunkerque et Lille Annœullin.

 

Pouvez-vous nous décrire le projet?

L’idée est de mobiliser des personnes détenues dans une démarche citoyenne et participative en mettant à disposition des outils vidéo. L’enjeu est la réalisation de portraits de personnes du dehors, impliquées dans la société et parfois dans la prison. L’entretien est construit autour de la citoyenneté et de la démarche professionnelle des interviewés.

La spécificité est de proposer une démarche en réseau avec mutualisation des outils et des productions. 

 

Comment est né ce projet ?

De la volonté des établissements de mettre en place un canal vidéo interne (CVI). La fondation M6, mobilisée par les établissements, a demandé à Hors Cadre (en charge de la mission culture-justice mais également spécialiste des actions image) de réfléchir à une proposition susceptible d’être accompagnée par la Fondation. Nous avons donc, avec les établissements et le SPIP, présenté une démarche technique (installation et équipement) associée à un projet culturel avec une logique d’insertion. 

 

Quelles ont été les principales étapes ? 

Phase une : étude et mise en œuvre technique des CVI (2012 à 2013). En accord avec la DISP (Direction interrégionale des services pénitentiaires) et la DRAC.

Phase deux : à partir de 2014, mise en œuvre des « portraits citoyens » et des « portraits de projets » avec les établissements et le SPIP. Mise en place d’une réflexion collective (réunions, comités de pilotage) sur la définition et les enjeux d’un CVI, sa fonction, ses contenus, sa programmation.

 

Comment sont construits ces portraits ?

Hors Cadre intervient avec des professionnels de l’image. Les personnes détenues sont formées à la technique de l’interview et à l’utilisation de la camera. Les entretiens sont préparés en collectif. Le principe est que les personnes du dehors viennent en détention. Pour les « portraits citoyens », nous créons un dispositif de face à face, où les personnes détenues mènent l’interview. Pour les « portraits de projets », on se rapproche plus d’une forme documentaire.

 

Sous quel format ?

Les films terminés font entre 5 à 10 minutes en fonction des formats. Il faut que le message soit entendu dans son intégralité. Cela représente de deux à cinq jours de travail avec les personnes détenues (formation aux outils, élaboration des interviews, temps de prise du vue, entretiens, écriture et enregistrement de commentaires, pré-montage).

 

Quel ont été les moments les plus marquants ?

Les temps des entretiens. Une anecdote. Un détenu à Dunkerque a demandé à juge d’application des peines ce que veut dire être citoyen, le juge laisse un blanc de dix secondes, le regarde et lui dit : « c’est une demande que je fais systématiquement quand je reçois des personnes sous-main de justice dans mon bureau et là, je n’ai pas de réponse toute faite, je me rends compte que c’est une question difficile ».

 

Qu’est ce qui a bien fonctionné ? 

La prise en main de l’élaboration des questionnaires par les personnes détenues. Nous leur redonnons une responsabilité, un enjeu, nous les mobilisons en tant que citoyens qui vont rencontrer d’autres citoyens.

La qualité des rencontres, l’intelligence et la sensibilité qui s’installe dans ces moments donne du sens au CVI. 

 

Comment choisissez-vous les personnes à interviewer ?

En collaboration avec le SPIP et les établissements, en fonction des contacts, des réseaux, des suggestions… Il y a eu Xavier Dectot - directeur du Louvres Lens-, Ludovic Duprey - procureur adjoint de Valenciennes-, ou encore un surveillant moniteur de sport.

 

Comment ont réagi les détenus ?

 

Ils prennent les choses en main, ils comprennent vite l’opportunité d’utiliser la caméra dans une démarche citoyenne et sociétale. Ce sont eux qui créent, par leur engagement, un espace d’échange citoyen. La parole y est mesurée, l’écoute y est respectueuse. Le débat n’en est pas exclu. La parole refait enfin sens parce que le dialogue est possible sans qu’il y ait, à la fin, l’expression d’une sentence.

 

 

Portraits en ligne : 

Arnaud, surveillant moniteur de sport
La Compagnie du Tire-Laine
Xavier Dectot, Directeur du Louvre Lens
Nos Quartiers d’été en prison
Un après-midi de baltringues !
Les baltringues

Qui êtes-vous madame Butterfly ?