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Peinture et Animation - Association Makiz'Art

Alain Brasseur, réalisateur

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

L'association Makiz’art  regroupe des artistes et techniciens  aux compétences diverses (image, son, écriture, production, mise en scène, régie...).

Elle développe deux activités principales : la production de films, et l'éducation à l'image à travers des ateliers de pratique artistique, plus particulièrement en direction des publics éloignés de l’offre culturelle.

Ingénieur  du son et réalisateur de film d’animation - Celui qui voulait voler (commença par courir), 2003 - j’encadre des ateliers organisé par Makiz’art, tout en menant à bien mes projets personnels.

En ce moment, je travaille avec l’artiste plasticienne Marie-Pierre Groud à la réalisation d’un nouveau court-métrage, GeorgeS, réalisé à partir d’éléments de tableaux de peintres  italiens et flamands du XV° siècle. Le titre fait référence à “St Georges terrassant le dragon”, une peinture d’Ucello.

Nous avons proposé à un groupe de personnes détenues de la Maison d’arrêt de Nantes de travailler à partir de contraintes semblables, c’est-à-dire de sélectionner des éléments graphiques dans des tableaux, de les imprimer et de les intégrer à une création audiovisuelle.

Auparavant, nous avions conduit un atelier similaire dans une Maison de quartier.

À l’occasion d’une visite au Musée des Beaux-Arts de la Ville de Nantes, les participants avaient choisi les images à exploiter.

Ensuite, ils avaient travaillé dans notre atelier à la réalisation de petites séquences animées.  

Il a  fallu adapter ce concept à la situation des personnes incarcérées, qui ne pouvaient pas se rendre au Musée.

L’atelier s’est déroulé du lundi 24 au vendredi 28 octobre 2011.
Un peu avant, nous avons fait une réunion de présentation pour que les personnes intéressées puissent s’inscrire.

Nous avons d’abord expliqué le principe du cinéma d’animation, en diffusant quelques courts-métrages ; pas trop cependant, pour laisser ouvert le champ des possibles.

Ensuite, nous avons présenté le principe de l’atelier, associant éléments de peintures et animation. Au cœur du projet, il y a l’idée que lorsque que l’on regarde une image fixe, surtout si elle est issue d’un tableau, on saisit un instant d’une histoire en train de se dérouler.

L’image marque un temps d’arrêt, mais il y avait un mouvement avant, et il y en aura un après. L’idée, c’est donc de s’interroger sur l’histoire racontée par l’image fixe, en laissant libre cours à son imagination.

Une quinzaine de personnes détenues assistaient à cette première rencontre. Ils furent ensuite neuf à participer à l’atelier, et tous restèrent impliqués jusqu’à la cinquième et dernière séance.

Solliciter une permission de sortir pour chaque participant était inenvisageable.

Il fallait donc apporter le musée à l’intérieur de la prison, en proposant une visite virtuelle via un choix de tableaux projetés en diapositives.

Nous avions préalablement sélectionné les peintures en tenant compte de la possibilité d’exploiter des éléments graphiques. Forts de notre précédente expérience d’atelier, nous savions ce qui était susceptible de fonctionner.

Le panel était divers, associant peinture abstraite et peinture figurative, toutes époques confondues et sans volonté de donner un cours d'histoire de l'art.

Pendant la première séance, les participants ont choisi des images parmi les tableaux présentés. Ils ont ensuite écrit leurs scénarios.  Certains ont souhaité travailler seuls, d’autres en binôme ou trinôme.

Quelques participants savaient quelles histoires ils souhaitaient raconter depuis la réunion de présentation, d’autres n’en avaient encore aucune idée. De fait, tous n’avançaient pas avec la même rapidité. Ceux qui étaient en avance n’hésitaient pas à donner des coups de main aux autres.  

Nous utilisions un matériel professionnel : trois unités de prises de vue (apn), et deux ordinateurs avec des logiciels pour l'animation qui présentaient l’avantage de montrer le résultat du tournage en direct. Il n’y a pas eu de soucis pour apporter le matériel, et les surveillants ont été très compréhensifs.

Lors de la dernière séance, nous avons procédé tous ensemble au montage. Nous avons aussi intégré une bande son : de la musique, et des récits des personnes détenues.

 

Nous n’avions imposé aucun thème : le film est une succession de six histoires toutes différentes.

Bien que des éléments de tableaux identiques aient été choisis par plusieurs groupes, il est intéressant de constater qu’ils n’ont pas été exploités de la même façon.

Les séquences sont tour à tour drôles, poétiques ou engagées. L’une est une succession de gags et de transformations ; une autruche se métamorphose à chaque fois qu’elle enfouit la tête dans le sable. Une autre est une lettre d’un père a son fils ; une autre encore est un texte  plus revendicatif sur les conditions de vie en prison.

Nous sommes revenus quelques semaines après pour présenter le travail fini. Nous aurions souhaité que la projection soit accessible à toutes les personnes détenues, mais l’administration a préféré la réserver aux participants et aux autres personnes qui avaient assisté à la réunion de présentation.

 

 

Quelles ont été les réactions des personnes détenues ?


Ils étaient fiers du résultat, et heureux d’avoir participé à l’atelier. Leur assiduité tout au long de la semaine peut en témoigner.

Nous avons été touchés de cette implication. Je retiens de cette expérience une ambiance très studieuse, bien que nous étions dans un environnement jamais facile au travail et à la concentration.