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Les petites choses de la vie

Karine Feuillet, UDMJC

 

Karine Feuillet, de l’UDMJC (Union départementale des Maisons des Jeunes et de la Culture de Côte d’Or), coordonne en région Bourgogne, sous l’égide de la Fédération Régionale des MJC, le dispositif Passeurs d’images depuis 1996.

 

Pouvez-vous nous présenter le projet ?

Je coordonne l’animation des activités culturelles, dont certaines à caractère audiovisuel,  à la Maison d’arrêt de Dijon.

En 2007, le SPIP de Côte d'Or a contacté l’UDMJC pour organiser une projection en détention. 

Nous avons souhaité dès 2008 faire une proposition afin d’aller plus loin.

Nous avons ainsi mis en place un atelier vidéo, encadré par un professionnel, à raison de six séances avec un petit groupe de personnes détenues hommes.

Cet atelier a abouti à la réalisation d’un film, Les petites choses de la vie, qui abordait des thèmes transversaux en mettant en scène les objets du quotidien. Les personnes détenues ont participé à l’écriture et au tournage, mais le montage a été réalisé à l’extérieur. Nous avons pu faire rentrer du matériel  professionnel bien que sommaire : un caméscope, un pied, des mandarines. Le choix de mettre en scène des objets était une façon de parler de leur quotidien sans montrer leurs visages à l’écran.

Ce film a donné lieu à une projection au sein de la Maison d’arrêt. Il a également été présenté à l’extérieur, dans le cadre du Mois du film documentaire, en première partie du film documentaire d’Hélène Trigueros, Surveillante en prison, le contre-champ des barreaux.

L’atelier de création vidéo a été reconduit en 2010,  au quartier hommes et au quartier femmes.

En raison d’un certain nombre de contraintes, principalement temporelles, ces deux films n’ont fait l’objet d’aucune diffusion.

 

Quelles sont les contraintes que vous rencontrez ?

Les contraintes sont grandes, elles ont conduit à interrompre certaines de nos activités.

Les films réalisés en 2010 n’ont pas pu être diffusés, même en interne, car le processus de vérification imposé par la Maison d’arrêt s’est révélé long et fastidieux.

Les cassettes contenant les prises de vue ne pouvaient pas sortir de l’établissement tant qu’elles n’avaient pas été vues par l’administration, ce qui prenait du temps. Cela n’a pas de sens de censurer des rushs, j’aurais compris que l’administration souhaite voir le film après le montage, mais avant…

Les différentes autorisations que nous sollicitions tout au long de l’activité tardaient parfois à nous être accordées. Nous n’avons jamais eu le droit de faire rentrer un ordinateur.

De plus, les ateliers se déroulaient dans des salles fermées à clé. Il nous était impossible de filmer autre chose que la salle, même l’accès aux couloirs nous a été refusé.

La question du droit à l’image des personnes détenues posait problème, ainsi que la possibilité de filmer des endroits de la prison, pour bénéficier d’un décor un peu moins « pauvre ». Je m’étais renseignée auprès de la réalisatrice Hélène Trigueros qui a réalisé plusieurs documentaires à la Maison d’arrêt. Elle avait bénéficié d’autorisations nationales, ce qui semblait compliqué à obtenir dans notre cas.

Au début, nous travaillions en partenariat avec le SPIP. Notre référente travaillait en milieu ouvert et était peu présente à nos cotés. Il y a deux ans, le SPIP m’a délégué le pilotage de toutes les activités culturelles qui ont lieu à la Maison d’arrêt. Le fait d’avoir un interlocuteur direct auprès de l’administration a simplifié les choses. Cependant, la coordination globale des activités ne s’est pas accompagnée d’une hausse significative des crédits accordés.

Je déplore également les contraintes techniques qui perdurent sur le canal vidéo interne, et qui empêche d’en faire un vrai outil de diffusion culturelle et d’information.

 

Quels sont les bénéfices pour les personnes détenues ?

Malheureusement, les contraintes citées plus haut nuisent aux bénéfices que les personnes détenues pourraient tirer de ces activités.

Déjà, on note une déperdition importante entre le nombre de personnes détenues qui demandent à participer à nos activités (je distribue des bulletins d’inscription), le nombre de personnes détenues inscrites et le nombre de personnes détenues finalement présentes.

Le temps très long, entre le tournage et l’aboutissement du film, prive l’activité de tout sens. La population de la Maison d’arrêt, qui est mouvante, n’a pas le temps de voir le résultat du travail dans lequel on lui demande de s’investir. Je ne veux pas faire un film pour faire un film ; les conditions doivent être réunies pour que les personnes détenues puissent réellement profiter de cette expérience, en tirer des conclusions ; cela nécessite qu’elles découvrent l’aboutissement de leur travail.

L’information autour de nos activités est également un enjeu. Le canal vidéo interne pourrait en être un vecteur mais il est en souffrance depuis quelques temps… Pourtant, une programmation régulière et de qualité permettrait de sensibiliser l’ensemble de la détention. Le fait que la diffusion des films soit très aléatoire empêche de construire une médiation sur le long terme.

Le dispositif Passeurs d’Images sert à sensibiliser un public qui n’est pas naturellement en demande de ce genre d’activité. Nous savons que la simple information ne suffit pas, il y a un travail d’accompagnement à faire. Qui est en capacité de faire ? C’est la question centrale. Avec un public scolaire, nous pouvons nous appuyer sur les professeurs. En prison, trouver un interlocuteur est beaucoup moins évident…

Karine Feuillet et le canal vidéo interne

Karine Feuillet et la découverte de films