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La Fabrique d'Images - Hors Cadre

Marc Le Piouff - chargé de mission Culture Justice


Pouvez-vous nous présenter l'association et ses missions ?

Fondée en 1997, Hors Cadre est une association qui conduit des actions de démocratisation de la culture en direction des publics qui en sont éloignés. Elle porte et développe notamment le dispositif Passeurs d’Images en région Nord Pas de Calais.

En 2003, l’association s’est vue confier une mission régionale de développement culturel pour les personnes placées sous main de justice, dans les onze établissements pénitentiaires  du Nord-Pas de Calais et en milieu ouvert. Une convention, déclinaison régionale des protocoles Culture/Justice nationaux, associe la DISP Nord – Pas de Calais, Picardie, Haute Normandie, la DRAC Nord – Pas de Calais et l’association Hors Cadre. 

Nous avons une mission d’expertise, de conseil et de médiation. Chaque année, nous participons à la définition et à la mise en œuvre d’une politique de développement culturel à destination des personnes placées sous main de justice. Entre 80 à 90 projets (du concert à l’atelier), dans tous les champs d’expression artistique et culturels, sont ainsi mis en place tous les ans par les SPIP et les directions des établissements.

 

Quelles actions menez-vous pour les canaux vidéos internes?

Nous mettons en place des ateliers de pratique artistique et de création vidéo.

Erik Chevalier, vidéaste, a animé plusieurs de ces ateliers.
Son action procède d’une démarche d’analyse filmique, déclinée dans un travail de création.

De 2010 à 2011, au Centre pénitentiaire de Longuenesse, son atelier « La Fabrique d’Images » s’est inscrit dans l’optique d’alimenter en productions audiovisuelles le canal vidéo interne.

Le chef d’établissement avait souhaité réinvestir cet outil d’information en détention, tout en lui réservant un espace dédié à des initiatives plus créatives (films de fiction, d’animation, expérimentaux…).

L’atelier d’Erik recouvrait une dimension de formation aux techniques audiovisuelles, par l’implication des personnes détenues dans le tournage et le montage, mais aussi une dimension de création partagée, autour de  l’écriture et de la réflexion sur la mise en images d’une intention.

L’atelier a abouti par deux fois à la réalisation d’un film présenté dans le cadre du Festival Lillois « Welcome », qui met à l’honneur des courts-métrages réalisés sous contraintes spécifiques. Les films ont été projetés au cinéma l’Univers, à Lille, en présence de deux personnes détenues ayant bénéficié d’une permission de sortir.


Quelle est votre position sur le droit à l'image en prison ?

La question du droit à l’image est une question délicate, qui nécessite de prendre le temps de se parler, d’expliquer, de négocier.

D’un autre côté, le droit à l’image porte en lui-même la solution au problème qu’il engendre : c’est un droit. Mais dans le cadre de la mission qui nous est confiée par la DISP et la DRAC, il nous faut garder à l’esprit et les contraintes de nos partenaires, le droit de toute personne à disposer de son image et nous interdire toute approche péremptoire d’un côté comme de l’autre.

En détention comme partout l’image circule, elle entre et sort, elle est accessible, elle est une évidence. Dans les projets culturels, l’image devient quasi incontournable par sa facilité d’utilisation, son potentiel créatif, le retour immédiat qu’elle permet. Est-ce qu’on s’interroge toujours sur ce qu’elle signifie et ce qu’elle a à dire ? Je n’en suis pas sûr et il y aurait déjà là à s’interroger sur le sens que l’on veut donner à l’image qu’on mobilise.

Sur la question du droit à l’image, il y a, je pense, un malentendu entre le reportage et la création artistique. Le fait qu’un détenu apparaisse à visage découvert quand il s’exprime, dans une démarche journalistique, peut avoir des conséquences en termes de sécurité pour lui-même et son entourage.

En revanche, dans le cas d’un projet artistique, nous sommes sur une forme différente. C’est une personne impliquée dans un processus de création que l’on donne à voir ou qui se met en scène, indépendamment de sa situation de détenu mais consécutivement à une situation de contrainte.

Se libérer de cette contrainte par l’image assumée dans une démarche artistique me parait aller dans le bon sens.
Si l’incarcération n’est pas le propos, que l’espace carcéral n’est pas identifiable, il n’y a pas de sens à les convoquer à nouveau par les dispositifs du floutage sursignifiant.