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Fonds de DVD

Charlotte de Kermel, Hors Cadre

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ? 

Hors Cadre est une association de développement culturel, qui agit pour la démocratisation de la culture notamment par l’éducation à l’image, en direction des publics éloignés de l’offre culturelle.

Soutenue par l’Etat, la région Nord-Pas de Calais et les départements, elle offre un certain nombre de services aux publics et aux porteurs de projets : élaboration de projets, ateliers de pratique artistique, interventions, projections, événementiel, stages, conférences… Elle est porteur du projet Passeur d’images depuis 1998.

Hors Cadre anime, depuis 2003,  une mission régionale de développement culturel en milieu pénitentiaire pour les personnes placées sous main de justice du Nord-Pas de Calais. Cette mission s’inscrit dans le cadre d’une convention régionale avec  la DISP Nord Pas de Calais Picardie Haute Normandie et la DRAC Nord – Pas de Calais.

Dans le cadre de cette mission, Hors Cadre accompagne depuis 2007 la création ou la rénovation de vingt et une bibliothèques dans les dix établissements pénitentiaires suivants : les Maisons d’arrêt de Dunkerque, de Douai et de Valenciennes, les Centres pénitentiaires de Lille-Loos-Sequedin , de Lille Annoeullin et Maubeuge pour le département du Nord (59) ; les Maisons d’arrêt d’Arras et de Béthune,  le Centre de détention de Bapaume et le Centre pénitentiaire de Longuenesse pour le département du Pas-de-Calais (62).

Hors Cadre intervient également ponctuellement pour des missions spécifiques dans les bibliothèques des établissements de Picardie et de Haute Normandie. Et a accompagné l’ouverture de la bibliothèque de l’EPML de Quiévrechain.

Bibliothécaire professionnelle, je suis chargée de l’animation des bibliothèques des établissements pénitentiaires. J’ai ainsi participé à la création et à la mise en place de fonds, à l’aménagement de l’espace et à la formation des auxiliaires bibliothécaires. En 2007, Hors Cadre a équipé les bibliothèques qui le nécessitaient d’un logiciel professionnel de gestion des collections et des prêts.

Toute mon action participe de l’idée que les bibliothèques des établissements pénitentiaires, intégrées au réseau départemental de lecture publique, doivent offrir des possibilités de prêt identiques à celles des Bibliothèques publiques. En ce sens, les Règles Pénitentiaires Européennes (§27-1 à 27-7) précisent que : « chaque établissement doit disposer d’une bibliothèque destinée à tous les détenus, disposant d’un fonds satisfaisant de ressources variées à la fois récréatives et éducatives, de livres et d’autres supports ».

Jusqu’à présent, les fonds de ces bibliothèques étaient composés uniquement de livres. Pourtant, les supports audiovisuels et audio ont fait leur apparition dans les médiathèques depuis les années 1980. 

Nous avons travaillé à changer les choses et à introduire progressivement des DVD dans les bibliothèques des établissements pénitentiaires. Aujourd’hui, quatre établissements de la région Nord-Pas-de-Calais disposent d’un fonds de DVD : les Centres pénitentiaires de Longuenesse, de  Maubeuge, de Lille Sequedin et de Lille Annœullin.

Les partenariats avec des Bibliothèques publiques de lecture sont nécessaires pour disposer de fonds conséquents. 

Les Bibliothèque municipales (BM) sont les premières structures sollicitées. La Bibliothèque municipale de Lille est ainsi engagée dans un partenariat avec le Centre pénitentiaire de Lille Sequedin. En 2008, j’ai créé une bibliothèque dans le quartier « Maison centrale » de cet établissement. Grace aux subventions de la DRAC, nous avons pu constituer un fonds de DVD.  

Nous avons souhaité faire une proposition documentaire la plus diversifiée possible ; tous les genres sont représentés, pas seulement ceux qui rencontrent plus spontanément l’adhésion des personnes détenues. Cependant, si une personne détenue souhaite obtenir un document qui ne figure pas dans la collection, elle peut solliciter un prêt individuel auprès de la Bibliothèque de Lille, dans les mêmes conditions que n’importe quel habitant de la Ville.

La consultation des documents audiovisuels se fait dans les cellules des personnes détenues, souvent équipées de Playstation ou de lecteur DVD.

Il arrive parfois que les BM n’aient pas les moyens financiers et humains de s’engager dans un partenariat avec l’établissement pénitentiaire. Parfois aussi, elles ne le souhaitent tout simplement pas. Dans ce cas, nous sollicitons les Médiathèques départementales de prêt (MDP 59 et MDP 62). Ces structures ne proposent pas de prêts individuels mais alimentent les collections des BM issues des communes de moins de dix mille habitants.

Le partenariat donne lieu à une convention entre le Conseil général (qui finance les MDP), le SPIP et l’Etablissement.

À Longuenesse, le partenariat  avec la MDP du Pas de Calais date de 2005, mais il se réduisait à des prêts très ponctuels sans grande visibilité sur les collections. Nous sommes en train d’actualiser la convention afin qu’elle prenne acte des nouvelles initiatives et de la mobilisation des partenaires.

En juin 2011, la MDP du Pas de Calais a mis à disposition de la bibliothèque du CP de Longuenesse un fond de 150 DVD. Les personnes détenues peuvent faire leur choix grâce à un  catalogue regroupant toutes les photocopies de jaquettes. Elles peuvent également indiquer les films qu’elles souhaiteraient louer dans un cahier prévu à cet effet.

En janvier 2012, le fond de DVD a été renouvelé en tenant compte de ces suggestions.
Le Centre pénitentiaire de Maubeuge qui a conclu un partenariat avec la Médiathèque du Nord, le SPIP et Hors Cadre développe des démarches allant dans le même sens. Des DVD devraient y être disponibles dès 2013.

 

Quelles sont les difficultés rencontrées ? 

A l’exception des règles de sécurité particulières, les bibliothèques des établissements pénitentiaires fonctionnent comme les Bibliothèques publiques.

La constitution d’un fond de livres ne pose relativement pas de problème car il n’y a pas besoin de s’acquitter de droits d’auteurs. Les collections se construisent dans le cadre des politiques d’acquisitions classiques financées par les SPIP, avec l’accompagnement des DRAC et du CNL. Elles sont complétées par une gestion raisonnée des dons gérée par Hors Cadre.

Ce n’est pas aussi simple concernant les collections audiovisuelles.
La principale difficulté est le cout élevé des DVD. Dans le commerce, le prix moyen d’un DVD est supérieur à celui d’un livre. Or pour être utilisés en bibliothèque, les DVD doivent être acquis avec certains droits, payants, notamment le droit de prêt et le droit de diffusion. En fonction de la date d’édition, un DVD peut coûter deux à trois fois plus cher que dans le commerce.

De fait, les médiathèques sont parfois hésitantes à mettre leurs collections à disposition de personnes détenues. L’achet de 100 DVD leur coute 1500 euros. Elles ne  peuvent pas se permettre de risquer de perdre leurs supports.

Mon travail repose donc sur la médiation et la sensibilisation. Il s’agit dans un premier temps de rassurer les Bibliothèques publiques partenaires, en présentant les spécificités d’une bibliothèque d’établissement pénitentiaire et en mettant en avant la nécessité d’offrir aux personnes détenues un accès à la Culture équivalent à celui proposé à l’extérieur.

Ensuite, il y a un travail de responsabilisation en direction des personnes détenues. Elles doivent prendre conscience que le DVD qu’elles empruntent est bien plus cher que celui qu’elles pourraient acheter, en raison de la quittance des droits. Comme dans une Bibliothèque publique, la personne détenue doit signer une charte dans laquelle elle s’engage à restituer le document emprunté en bon état. Nous essayons de trouver une solution spécifique pour les personnes détenues indigentes, qui n’auraient pas les moyens de rembourser un document dégradé.

La notion clé, c’est la confiance : quand les partenariats entre les Bibliothèques de lecture publique et les établissements fonctionnent bien autour du prêt de livres, et qu’il y a une volonté, de la part des directions des établissements d’aller plus loin,  on peut envisager de proposer de nouveaux supports.

 

Quelles sont vos perspectives ? 

Jusqu’à présent, tout se passe très bien dans les établissements pilotes. On peut donc espérer que cette bonne expérience rassure les partenaires et conduisent à une généralisation des prêts de DVD aux personnes détenues.

Nous n’envisageons pas de proposer des prêts de CD, car les personnes détenues sont moins en demande de programmation musicale que de programmation audiovisuelle.