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Festival de Douarnenez

Nicolas Le Gac, de l'association Gouel ar filmoù

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ? Comment est-il né ?

Notre association organise le Festival de cinéma de Douarnenez, tous les ans au mois d’août.
Crée en 1978, le Festival diffuse depuis ses débuts des filmographies méconnues. Chaque année, un peuple est mis à l’honneur. Proche ou lointain, il lutte pour préserver son territoire, sa langue ou sa culture, son statut politique, ou tout simplement sa dignité. Les films présentés, documentaires et fictions, rendent compte de ces luttes. Réalisateurs, artistes, journalistes ou hommes politiques sont invités à des rencontres en marge des projections.  

En dehors de ce temps fort, l’association a une activité régulière de projection de films et anime des ateliers autour du cinéma auprès de différents publics (scolaires, centre sociaux).

L’année dernière, nous avons été contactés par la Ligue de l’Enseignement du Finistère, qui coordonne le développement culturel dans les établissements pénitentiaires du département, afin d’intervenir à la Maison d’arrêt de Brest.
Bien que n’ayant jamais travaillé avec des personnes sous main de justice, nous avons tout de suite accepté, heureux d’aller à la rencontre d’un public différent.

Notre action participait de la volonté de décentraliser le Festival en organisant, à la même période, la projection d’un film issu de la programmation officielle à la Maison d’arrêt.  

Cette année-là, l’Afrique du Sud était à l’honneur. Nous avons choisi une fiction d’une heure, Gangster Project, et nous avons invité le réalisateur, Teboho Edkins, à échanger avec les personnes détenues à l’issue de la projection.
Ce film a retenu notre attention en raison de son approche particulière. Mi documentaire, mi fiction, il se joue des codes du film de gangster et montre la réalité derrière le mythe. Au lieu des figures flamboyantes attendues, le film donne à voir une banalité crue, la peur, le deuil, l’ennui, les petits trafics. C'est aussi un film plein d'humour où le réalisateur se met lui-même en scène, avec ironie, un film qui délaisse le spectaculaire au profit d'une tension sous-jacente.

Accompagné du réalisateur, c’était la première fois que je pénétrais dans l’enceinte d’une prison.

La projection s’adressait à un public d’hommes et de femmes.
Grace à la topographie particulière de la salle, ils étaient rassemblés sans toutefois pouvoir se voir. C’est une salle ancienne, avec une scène au centre, et un balcon à l’étage. C’est là qu’étaient installées les femmes, de sorte qu’elles ne pouvaient pas communiquer avec les hommes, assis en dessous. Les conditions de visionnage étaient très mauvaises pour elles ; la barre du balcon leur coupait l’écran. Nous les entendions rouspéter pendant la projection.

Nous souhaitions amorcer une discussion après le film, mais la majorité des personnes détenues ne s’est pas attardée dans la salle. Leur participation s’apparentait à de la consommation ; venir, voir, repartir.

C’était à nous de susciter leur intérêt pour qu’elles restent. Peut-être aurions-nous dû présenter les choses différemment ; nous le saurons pour la prochaine fois !

Malgré tout, un petit groupe de cinq ou six hommes est resté pour échanger avec nous, car l’un d’entre eux était déjà allé en Afrique du Sud.

Teboho Edkins et moi-même avons ensuite été reçus par le Chef de détention qui nous a expliqué le fonctionnement de la Maison d’arrêt. Nous avons également pu visiter les lieux. Dans la bibliothèque, un groupe de femmes qui avaient assisté à la projection nous a abordé. L’une d’elle, très émue, avait envie de discuter avec le réalisateur. À l’issue de cette rencontre, tous deux ont entamé une correspondance.

Quelles sont vos perspectives ?

C’était une première expérience, qui va nous permettre d’adapter le contenu de nos ateliers pour une prochaine fois. Par exemple, nous éviterons peut-être de présenter des films en VO, qui, du fait des sous-titres, ne sont pas accessibles à des personnes illettrées.

Nous avons d’ores et déjà prévu de proposer une deuxième projection en juin 2012.
Nous hésitons entre deux films.  Le premier, Des épaules solides d’Ursula Meier, raconte l’histoire d’une jeune fille qui veut réaliser les mêmes exploits sportifs que les hommes ; nous pourrions ainsi aborder les relations entre hommes et femmes. Le deuxième, Le grand tour de Jérôme Le Maire, est un film belge sur une fanfare, porteur de belles réflexions sur le sens de la vie.

Nous avons aussi proposé à la Ligue de l’Enseignement du Finistère de mettre à disposition notre centre de ressources afin d’alimenter le canal vidéo interne. Des ateliers de programmation permettraient aux personnes détenues de sélectionner les films diffusés. L’idée, c’est de leur faire découvrir des auteurs qui nous ont plu, de participer à une réflexion autour de la question « comment programme t-on un film ? » (argumenter son choix, établir des critères de sélection, etc).
La Ligue de l’Enseignement nous a donné son accord mais le projet est en sommeil car le canal vidéo interne connaît de nombreux problèmes techniques.