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Festival Cinézol

Isabelle Cambou, directrice de l’association Zargano

 


 

Comment est né le festival Cinézol ?

Depuis 2008, Zargano travaille auprès des publics incarcérés du centre pénitentiaire du Port. Nous organisons des ateliers de création vidéo, des séances de projection ainsi qu’un festival de films. Nos actions s’étendent au centre pénitentiaire (CP) de St Denis en 2009 et à la Maison d’arrêt (MA) de St Pierre en 2012. Nous travaillons notamment avec le Festival du film de la Réunion et le Festival du film d’aventure.

En 2013, en étroite collaboration avec le coordinateur culturel du moment, nous décidons de valoriser les films d’ateliers produits par les personnes détenues. Nous nous « battons » pour que les personnes détenues de tous les CP aient l’autorisation de visionner les productions de chacun, ce qui n’était pas le cas jusque-là. Nous inventons donc le festival CINEZOL qui voit le jour en 2013.

 

Pouvez-vous nous décrire le projet ?

Devant le succès du Festival Cinézol 2013, nous avons reconduit l’opération en 2014 avec sept ateliers de création répartis dans les trois établissements pénitentiaires (Maison d'Arrêt de St Pierre, Centre de détention contraint et Centre de détention à responsabilité du Port, quartier Femmes et deux quartiers Hommes du CP de St Denis, mineurs incarcérés du MEMA). Ils se déroulent sur 5 séances de 3 heures de juillet à septembre.

Les sept groupes de personnes détenues réalisent chacun un court-métrage, mis en compétition et jugé par un jury composé de membres de l’administration pénitentiaire et de personnalités du monde audio-visuel et cinématographique.

Les films d’ateliers sont ainsi classés par ordre de préférence par ce jury dit « professionnel ». Fin novembre, des projections sont ensuite organisées sur trois jours dans les trois CP de l’île avec vote du public. Toutes les personnes détenues peuvent voir les films réalisés par tous.

 

Quels financements avez-vous sollicité ?

La DACOI (Direction des Affaires Culturelles de l'Océan Indien) soutient les actions en milieu pénitentiaire de Zargano depuis plusieurs années.
Jusqu’en 2014, le SPIP participe au financement des actions, mais l’enveloppe se réduit au fil des années.

 

Quels sont les impacts du festival ?

Une expérimentation qui ne manque pas de difficultés en terme d’organisation, mais qui a le mérite de susciter, auprès des personnels pénitentiaires, un intérêt aux actions d’éducation à l’image et au cinéma dispensées dans leurs établissements. Elle permet également de mieux en comprendre les enjeux et les effets positifs et créatifs sur les personnes détenues, de s’investir un peu plus et d’apporter leur aide aux mises en place des actions.

Pour les personnes détenues, une opportunité nouvelle de créer du lien avec les autres, d’être valorisées par l’administration pénitentiaire et par les professionnels du cinéma extérieurs. C’est aussi l’opportunité de juger les œuvres réalisées par les autres par vote du public, d’avoir la fierté de voir leurs films d’ateliers visionnés par l’ensemble des personnes détenues de l’île.

 

Quels ont été les retours des personnes détenues ?

Beaucoup de plaisir à découvrir les productions des autres personnes détenues. Plaisir à échanger avec les intervenants, entre eux. plaisir d'avoir réalisé un film, même si les condations sont parfois très compliquées.

 

Quels ont été le ou les moments les plus difficiles ?

La mise en place du calendrier des ateliers et des séances, pour des raisons de coordination interne compliquée.

Et surtout, le durcissement du règlement intérieur qui obligeait chaque intervenant à déposer le matériel audio-visuel à chaque entrée pour contrôle, ainsi qu’à chaque sortie… pour faire court ! L’édition 2014 a été très épuisante, pour un tas de détails qui se sont accumulés.

Par contre, aucun problème au niveau de l’investissement des personnes détenues, bien au contraire, et ce fut un réel plaisir d’avoir pu tout de même offrir ce festival aux personnes détenues.

 

Les films produits sont-ils diffusés à l’extérieur ?

Non, uniquement à l'intérieur !

 

Qu’auriez-vous fait différemment ?

Si nous avions plus de moyens, à la fois financiers, mais aussi de temps et de mise en place, il serait intéressant de pouvoir proposer des ateliers plus longs pour les personnes qui le souhaitent. Cela leur permettrait d’approfondir leurs expériences, et pourquoi pas, dans certains cas, de projeter d’en faire une activité professionnelle à leur sortie.
Nous avons eu le cas d’une personne qui avait produit un film de 4 minutes lors d’un atelier, avec un vrai talent de narration et de mise en scène. Je l’ai mis en relation dernièrement avec un réalisateur réunionnais.

 

Y a-t-il eu une suite au projet ?

Le festival devrait être reconduit cette année. Une évolution serait que nous obtenions l'autorisation de diffuser les films d'ateliers au grand public, mais cela reste du domaine de l'utopie, par rapport au droit à l'image etc.