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Emission d'information

Didier BALLIVET - Visual Cirkus

 

Pouvez-vous nous présenter le projet ?

Créée en 2005, Visual Cirkus est une association qui conduit des actions autour de la captation et de la création vidéo. Nous avons commencé en réalisant des clips pour des amis musiciens, et de fil en aiguille nous avons travaillé avec des institutions de la région, fournissant une assistance technique et réalisant des films de commande.

En novembre 2010, nous avons été sollicités par le SPIP de l’Ain pour animer le canal vidéo interne du Centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse. Ayant conclu un partenariat avec la Fondation M6, l’établissement souhaitait travailler avec une association plutôt qu’avec une entreprise.

Une personne détenue auxiliaire vidéo avait la charge d’effectuer le montage des émissions et leur diffusion. Mais cette personne ne connaissait rien aux techniques audiovisuelles ; nous avons donc assuré sa formation, tous les jours pendant un mois et demi.

Depuis, nous animons tous les vendredis un atelier avec un groupe de six personnes détenues, autour de la fabrication des émissions qui seront diffusées sur le canal vidéo interne.

Ce sont de courtes séquences à visée informative, qui abordent divers aspects de la vie de l’établissement : les activités socioculturelles, les modalités d’accès aux soins, aux Unités de Vie Familiale. Parfois, le SPIP nous sollicite pour valoriser certains dispositifs, comme le Relais enfants parents.

Ensemble, les participants décident du choix des sujets ; puis ils réalisent entièrement les émissions, assurant la prise de vue et la prise de son, mais aussi l’animation et les interviews. N’ayant pas de formation technique, ils se contentent d’assister et de conseiller l’auxiliaire vidéo au moment du montage.

Nous, les intervenants, essayons d’intervenir le moins possible afin de favoriser leur autonomie. Nous sommes surtout là pour les aiguiller et leur prêter main forte en cas de problème technique.

L’idée est de faire de l’information de façon attractive et ludique.

L’émission phare reprend les codes de mise en scène d’un journal télévisé. Quand son présentateur régulier est sorti de prison, il a été difficile de trouver quelqu’un pour prendre la relève ; en effet, peu de personnes détenues avaient envie d’apparaître à l’écran. Nous lui avons finalement trouvé un successeur ; celui-ci a un style moins solennel, il préfère apparaître « sur le terrain » plutôt que sur un plateau.

 Nous essayons d’apporter une touche d’humour. Grâce à des effets spéciaux simples, le présentateur peut faire disparaitre ou apparaitre des objets et des personnes à l’écran.

 

Dans quelles conditions se déroule l’atelier ?

Les reportages nécessitent d’obtenir des autorisations pour se déplacer et filmer certains lieux de la prison. Sur le principe, nos interlocuteurs sont toujours d’accord mais parfois l’information circule mal et cela retarde la procédure. Nous avions travaillé à l’élaboration d’un protocole mais le récent changement de direction a un peu compliqué les choses. À présent, tout se passe bien. Le canal vidéo interne est un outil de communication précieux pour nos partenaires institutionnels qui souhaitent favoriser son développement.

Au niveau matériel, nous sommes plutôt privilégiés. Nous avons été l’un des premiers établissements à nouer un partenariat avec la Fondation M6. Celle-ci met à notre disposition du matériel professionnel de tout premier choix : deux grosses stations mac, une dédiée au montage avec un final cut et l’autre dédiée à la diffusion avec le logiciel just play, un kit de  micro HS, des casques…

Nous disposons d’un local dans le parloir-avocats ; c’est là que se déroulent les ateliers et qu’est tourné le journal télévisé. Nous y installons un « plateau » qu’il faut démonter après chaque tournage. Nous allons bientôt faire l’acquisition d’un fond vert, qui permettra l’incrustation d’une image en arrière-plan du présentateur.

L’établissement présente la particularité d’être en gestion déléguée. La société GEPSA assure l’ensemble des tâches liées aux services à la personne. De fait, elle est notre premier interlocuteur lorsque nous avons besoin de matériel. Son personnel est très réactif et impliqué. C’est cette société qui rémunère la personne détenue auxiliaire vidéo. Elle a accepté d’ouvrir un deuxième poste à partir de l’année prochaine.

 

Quelles sont les perspectives ?

Le canal vidéo interne véhicule des informations sur la vie en détention, mais nous aimerions aussi qu’il rende compte de ce qui se passe à l’extérieur.

Dernièrement, la personne auxiliaire vidéo a bénéficié d’une permission de sortir pour réaliser un reportage sur le semi-marathon de Bourg-en-Bresse, auquel trois personnes détenues participaient. Grâce à l’implication du professeur de sport, qui a pris en charge toutes les démarches, il va également se rendre à Paris-Bercy pour couvrir un tournoi de basket inter- pénitentiaire.