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Décryptage et réflexions citoyennes

Hussam Hindi,
enseignant de cinéma et directeur artistique

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ?
J’anime des ateliers de sensibilisation à l’image à la Maison d’arrêt du Mans et au Centre pénitentiaire de Rennes-Vezin.
J’interviens au Mans depuis six ans, en partenariat avec l’association Graines d’images. Mes ateliers ont lieu chaque année pendant une semaine en décembre.

Je connais bien Anne-Héloïse Botrel de la Ligue de l’Enseignement d’Ille-et-Vilaine, qui coordonne les projets culturels dans les établissements pénitentiaires du département. Sur sa proposition, j’ai animé un atelier au Centre pénitentiaire de Rennes-Vezin en mars 2011.

Ces ateliers ont pour objet de favoriser l’exercice d’un regard critique sur les images, qu’elles soient issues du  cinéma, de la télévision ou de la publicité. La démonstration s’appuie sur le visionnage d’extraits de films, puis sur des échanges avec les personnes détenues.

Ensemble, nous décortiquons les images sous un angle technique. Nous abordons toutes les composantes des séquences audiovisuelles : l’image, le son, la lumière, le positionnement des personnages dans l’espace.

Cette analyse donne lieu à une réflexion citoyenne sur les thèmes abordés dans le film. Ce sont souvent des sujets qui concernent chacun intimement mais ont aussi une dimension sociétale: la religion, la guerre, les relations humaines.

Je ne souhaite pas aborder ces questions de façon didactique ou scolaire, mais bien impliquer les personnes détenues dans un débat interactif ; c’est pourquoi nous passons par le détour d’une explication de l’image. La réflexion citoyenne arrive tout naturellement, comme un aboutissement.

L’idée, c’est de leur faire prendre conscience de la part de manipulation qui entoure la mise en scène de la réalité. Toute image est une représentation du réel, elle est élaborée en fonction du message que l’on veut transmettre. Seule une bonne compréhension des images et des techniques de mise en scène permet de ne pas être manipulé.

À l’issue de la semaine d’atelier, les participants choisissent un film parmi les extraits que je leur ai présenté ; le film  est projeté en séance collective pour toutes les personnes détenues de l’établissement.


Pouvez-vous nous donner des exemples de thèmes abordés ?
Nous avons parlé du traitement médiatique du 11 septembre, en analysant en parallèle des reportages télévisuels et des extraits de films d’horreur. Nous avons ainsi questionné l’impact des images violentes  sur les spectateurs.

Nous avons aussi abordé le thème du SIDA. J’avais choisi de leur montrer des courts-métrages humoristique autour de cette question, et cela nous a permis de parler de la représentation des rapports entre hommes et femmes.

À travers la présentation d’un genre cinématographique, la comédie, nous avons parlé de la question du racisme et de la représentation de la différence au cinéma.


Comment choisissez vous la programmation  ?
L’administration pénitentiaire n’a jamais demandé un droit de regard, mais je me suis moi-même fixé certaines limites. Ainsi, j’ai décidé de ne pas montrer de films qui parlent de  la prison.

J’aborde des sujets polémiques, mais je ne veux pas le faire de façon provoquante.

Je souhaite ouvrir le débat, leur donner la parole. Les personnes détenues ont très envie de parler, pas forcément des films d’ailleurs.

Mon rôle est de recueillir leur parole et de faire évoluer l’atelier en fonction de nos échanges.
Les ateliers se passent de mieux en mieux car avec l’expérience, j’ai appris à m’adapter à leurs réactions et à approfondir les sujets qui les intéressent.

Je dispose d’un large choix de films, et je choisi d’un jour à l’autre les  extraits que je vais leur présenter, en fonction de la séance de la veille.  Par exemple, les participants d’un atelier m’avaient dit qu’ils s’intéressaient beaucoup aux effets spéciaux.

Je leur ai donc montré des films de manipulation de l’image et d’une chose après l’autre, nous avons parlé de la manipulation du spectateur.