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Mathilde Syre, réalisatrice de films documentaires, de l'association Achromat

 

Quelles sont les actions que vous menez auprès des personnes placées sous main de justice?

Cela fait quatre ans que j’interviens au Centre pénitentiaire d’Aiton. Au début, mes interventions étaient ponctuelles : deux à trois par an. L’atelier vidéo entrait dans le cadre de la programmation culturelle de l’établissement, au même titre que l’atelier dessin ou l’atelier d’écriture. Mais petit à petit, j’ai eu envie d’aller au-delà d’une simple activité occupationnelle. Depuis 2009, en accord avec le SPIP de Savoie et la DRAC Rhône-Alpes, je suis présente très régulièrement au Centre pénitentiaire. Je propose trois axes de travail autour de la vidéo.

 

En quoi consiste votre action sur le canal vidéo interne?

L’émission du canal vidéo interne était interrompue depuis 2005. En 2011, nous l’avons remis en service. Il a fonctionné correctement pendant cinq mois, mais depuis trois semaines, hélas, il est de nouveau perturbé. Je crois que nous ne sommes pas à l’abri d’aléas techniques !

Le canal vidéo interne sert principalement à diffuser des informations administratives, judiciaires, de formations. C’est l’outil qu’utilisent tous les services de l’établissement pour communiquer avec les personnes détenues.

Une personne détenue auxiliaire vidéo en assure l’animation. Elle s’ingénue à rendre les messages informatifs plus attractifs : elle ajoute des images, de la musique, lit en voix off les messages afin qu’ils soient accessibles aux personnes illettrées.

Le canal vidéo interne sert également à annoncer les activités proposées au sein de l’établissement. Les personnes détenues se familiarisent ainsi avec l’offre culturelle ; personne ne doit être exclu des propositions. La personne auxiliaire vidéo réalise des interviews des intervenants, proposent des compte rendus des activités. 
Et chaque mois, on retrouve de mini reportages sur la vie en détention.

A court terme, nous intégrerons la diffusion de films grand public (en tenant compte des droits de diffusion). Ces films seront accompagnés d’une courte présentation ou analyse. Le but du canal interne n’étant pas de remplacer la télévision.


La personne auxiliaire vidéo avait déjà travaillé dans le domaine de la radio. Je lui ai proposé une formation pour parfaire ces connaissances, bientôt complétée par l’intervention d’un monteur audiovisuel.

L’animation du canal vidéo interne est considérée comme un travail, et non comme une activité socio-culturelle. Seule une personne détenue qui a le grade d’auxiliaire peut l’exercer. J’ai proposé à l’administration pénitentiaire qu’un groupe de personnes détenues assistent bénévolement l’auxiliaire vidéo, qui a beaucoup à faire. Pour  cela, il aurait fallu que je sois présente toutes les semaines en encadrement, ce qui n’est financièrement pas possible.

J’interviens tous les quinze jours pour aider à la réalisation des émissions.

J’apporte des supports auxquels les personnes détenues n’ont pas accès et qui leur sont utiles pour préparer leurs reportages : des biographies pour préparer les interviews, des photos, des extraits de films…

Nous travaillons également à la mise en place d’un partenariat avec « l’accueil famille » du Centre Pénitentiaire. L’objectif est que certains reportages réalisés à l’intérieur soient visibles par les familles des personnes détenues dans les locaux de l’accueil-famille.


Quelles sont les contraintes que vous rencontrez?

C’est toujours un peu la débrouille ! Depuis que nous avons relancé le canal vidéo interne, le SPIP et l’établissement ont investi dans du matériel de tournage et de post production : caméra, perche, ordinateur.

Une salle était initialement dédiée à nos activités. Nous souhaitions y installer un studio permanent.
Cela n’est malheureusement plus possible car maintenant, toutes les activités culturelles sont organisées dans cette salle. Nous disposons juste d’un petit coin de table pour poser notre ordinateur.


Quelles sont vos perspectives?

Je n’ai pas la prétention de faire des personnes détenues qui participent à mes activités des réalisateurs. Mais cette expérience est valorisante car elle leur permet de conduire un projet jusqu’au bout, de A à Z.  Elles vont chercher des idées au plus profond d’elles mêmes et apprennent à les structurer et à les communiquer aux autres. C’est important de donner une liberté d’initiative et de créativité aux personnes détenues.

À terme, je souhaiterais travailler en réseau avec les professionnels qui interviennent dans les autres établissements pénitentiaires de la région. Nous pourrions ainsi croiser nos expériences et nos compétences, et nourrir les canaux vidéo internes par les films réalisés dans nos ateliers.

J’aimerais aussi travailler en lien avec des salles de cinéma et des festivals. L’idée serait de faire le lien entre l’intérieur et l’extérieur, en organisant des projections de film en prison dans les mêmes conditions qu’à l’extérieur, et en montrant le travail des personnes détenues au grand public.

Je travaille aussi à un projet qui associerait des personnes détenues à toutes les étapes de la réalisation d’un documentaire.

 

Mathilde Syre et la Halte du doc

Mathilde Syre et le cinéma muet