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Cinéma volant

Jérôme Descamps, La pellicule ensorcelée

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ? Comment est-il né ?

La pellicule ensorcelée est une association qui a pour objet de diffuser tous types de films de court métrage (fiction, documentaire, animation) et d’organiser des ateliers de réalisation encadrés par des réalisateurs professionnels. Elle organise des événements ponctuels consacrés à la promotion et à la diffusion de films et d’œuvres audio-visuelles de court, moyen ou long métrages. Enfin, elle édite et diffuse tous types de supports (livres, photos, expositions, nouvelles technologies...) en rapport avec l’écriture cinématographique.

Soucieux d’aller à la rencontre de tous les publics, nous avons souhaité organiser des projections de courts-métrages à la Maison d’arrêt de Charleville-Mézières.
L’année dernière, nous avons donc pris contact avec le Directeur, le SPIP des Ardennes et l’association Marionnettes, qui développe et organise les activités culturelles, artisanales, sportives et de loisirs au sein de l’établissement.

Nous avons eu carte blanche pour la programmation. Nous souhaitions proposer aux personnes détenues des films qu’elles n’avaient pas l’habitude de voir, tout en leur offrant un moment de détente. Il ne fallait pas que l’activité s’apparente à un exercice de pédagogie lancinant.
Notre choix a aussi pris en compte la disponibilité des réalisateurs, que nous souhaitions inviter à échanger avec les personnes détenues à l’issue de la projection.

Au printemps 2011, nous avons projeté le film Dounouia, La Vie, qui aborde le thème de l’intégration à travers l’histoire d’un jeune garçon qui quitte sa ville  natale de Bamako et arrive dans un  quartier dont il doit apprendre à décoder le fonctionnement. La projection a été suivie d’un temps d’échanges en présence d’Oliver Broudeur, le réalisateur. Les personnes détenues étaient peu nombreuses, car l’information n’avait pas très bien circulé en amont. Cependant, leur accueil a été très enthousiaste.

Nous avons reconduit cette expérience en mars 2012, en projetant deux courts-métrages. La  thématique du corps était à l’honneur : Peau Neuve, de Clara Elalouf, montre le quotidien des bains-douches du XIXe arrondissement à Paris ;  En piste, que j’ai réalisé, suit l’apprentissage d’étudiants des arts du cirque. Les participants étaient plus nombreux que la première fois (environ une trentaine), et ont réagi très favorablement. Certains ont partagé leurs connaissances et leurs expériences des bains publics. Le cirque, par sa dimension athlétique, leur a beaucoup plu.
Les films ont permis de parler du rapport au corps et plus largement de la blessure, de la vie saine, de la performance. Très vite les personnes détenues nous ont questionné sur la fabrication du film, les différentes techniques, les métiers de l’audiovisuel et du cinéma…

Quelles sont les contraintes rencontrées ?

Nous sommes une association de terrain, nous avons l’habitude de proposer des projections dans toutes sortes de lieux : salles des fêtes, granges… Nous disposons d’un matériel mobile, notre « cinéma volant ». Nous n’avons eu aucune difficulté à organiser la projection dans de bonnes conditions. L’administration a eu le souci de nous faciliter la tâche.

Quelles sont les perspectives ?

À l’issue de la projection, les personnes détenues ont manifesté leur envie de participer à la création d’un film. Elles nous ont dit qu’elles avaient des choses à raconter, des idées de scénarios.
Nous avons donc souhaité proposer un atelier de réalisation vidéo. L’administration nous a donné son accord ;  nous discutons maintenant des modalités de mise en œuvre.
L’idée serait de faire intervenir un réalisateur, pour accompagner les personnes détenues dans  la fabrication d’un film qui soit leur film. Grace au matériel que nous mettrons à disposition, ils pourront prendre part à toutes les étapes : l’écriture du scénario, le tournage, le montage, et bien sur la projection.

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