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Cinéma et Histoire de l'Art

Trésors de la mémoire
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Thibaut Caperan et l'équipe des publics du MAC/VAL

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet?
Le projet du MAC/VAL, depuis son ouverture à Vitry-sur-Seine en 2005, est de mener une politique d’ouverture à l’art contemporain en direction de tous les publics et d’apporter un soutien à la création artistique.

Depuis 2004, nous intervenons régulièrement auprès des hommes et des femmes détenus à la Maison d’arrêt de Fresnes. Ces actions prennent la forme de propositions diverses : concerts, performances, conférences, ateliers de pratiques artistiques…  

Il y a plusieurs années, nous avons par exemple invité Les souffleurs, une compagnie dont l’action se situe entre théâtre et performance ; équipés de tuyaux, les artistes soufflent des bribes de poèmes à l’oreille des personnes.

Dans la cadre d’un projet de rénovation des fresques de la prison, nous avons présentés des propositions d’artistes qui pratiquent l’art dans l’espace publique (street art, murales, interventions, performances… ). Plus récemment, l’artiste Pedro Reyes est venu produire avec un groupe de détenus une série de pièces exposées au musée par la suite.

Nous poursuivons une approche transversale des pratiques, qui associe les arts plastiques à d’autres disciplines et ouvrent sur des problématiques sociétales (féminisme, espace urbain, etc).
Les 17, 19 et 20 avril 2012, nous avons organisé à la Maison d’arrêt un cycle de conférences et de rencontres qui mêle Histoire de l’art et Histoire du cinéma.

Comme pour chacun de nos projets, le point de départ est une œuvre exposée au MAC/VAL. Il s’agit ici de la pièce Trésors de mémoire de l’artiste plasticien Sarkis.

D’origine turque et vivant en France depuis les années 60, il entretient des liens très forts avec le cinéma, car son apprentissage de la langue et de la culture française est passé par la fréquentation asssidue de la Cinémathèque française et la lecture des Cahiers du cinéma.

L'oeuvre exposée au MAC/VAL donne à voir onze portraits d'enfants, extraits de onze films réalisés entre 1927 et 1992.

Ces photographies sont reparties dans l’espace d’expositionet réunies autour d’un néon qui dessine un fil lumineux sur les yeux des enfants. Le néon faiblit et s’intensifie au rythme du battement du cœur de l’artiste.

Les onze films de la série ont été projetés dans l’auditorium du MAC/VAL, suivis de conférences.
C’est cette expérience que nous nous proposons de faire vivre aux hommes et aux femmes détenus à la Maison d’arrêt de Fresnes.


Comment avez-vous procédé?
Dans un premier temps, nous leur présentons des captations vidéos réalisées dans la salle d’exposition, afin qu’ils puissent prendre connaissance de l’œuvre.

Ensuite, nous projetons des extraits de trois films issus de la série.

Par la suite, nous proposons un élargissement autour de questions de formes communes au cinéma et à l’art contemporain.

Deux intervenants animent ces rencontres : un conférencier du MAC/VAL, Marc Brouzeng, et une historienne du cinéma sollicitée par le musée, Claudine Le Pallec Marand.

Les discussions portent sur l’œuvre de Sarkis, sur les films et sur les autres œuvres plastiques que nous leur montrons. Afin de lier les questions de cinéma et plastiques, nous avons dégagé des problématiques transversales.

Le premier jour, la question de la prise de risque a été abordée. Les  jours suivants, les discussions porteront sur l’articulation entre le collectif et le singulier d’un côté, puis sur la question du visage et du portrait dans le cinéma et dans l’art contemporain.


Dans quel cadre matériel se déroulent vos interventions ?
Bien que le SPIP dispose de matériel, nous amenons notre propre équipement : un ordinateur, un vidéo projecteur, un dvd. Les  films sont directement projetés sur le mur de la salle d’activité. Une quinzaine de personnes détenues est présente, bien qu’elles soient plus nombreuses à s’inscrire.


Quelles ont été les réactions des personnes détenues ?
Nous avons tous été frappé par l’intensité de l’échange lors de la première journée (l’entretien se déroule le 18 avril, NDRL). Les films proposés en projection n’étaient pas les plus simples : Yeelen de Souleymane Cissé, Allemagne année zéro de Roberto Rossellini, et L’enfant aveugle de Johan Van der Keuken.

Pourtant, la discussion s’est immédiatement engagée entre les personnes détenues et les conférenciers, et cela pendant deux heures d’un échange particulièrement riche.


Quelles sont vos perspectives ?
Un projet nous tient à cœur depuis plusieurs années. Au lieu de montrer aux personnes détenues des captations d’images des expositions, nous souhaiterions permettre à un petit groupe d’entre elles de se rendre au MAC/VAL pour les voir sur place. 

C’est un projet compliqué à mettre en œuvre, mais que nous tentons de mettre en place avec notre référent du SPIP.