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Cinéma d’auteur

Caroline Chomienne , auteur-réalisatrice et productrice

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

Créative Caméra est une association qui oriente, conseille et soutient les professionnels du cinéma, de l’audiovisuel et des nouveaux médias, depuis 25 ans, grâce à des partenariats publics et privés, de professionnels de référence. Par des ateliers d’accompagnement de projets et vers l’emploi, des formations à l’écriture et au développement de projets de longs métrages de fictions, de documentaires, de web documentaires et de web fictions, des Résidences de réalisation filmique dans les quartiers sensibles du nord est parisien, et par les Rencontres internationales Songes d’une nuit dv, elle promeut la pluralité de la production audiovisuelle, agit pour la diffusion des œuvres et  lutte contre les discriminations et pour l’éducation. Par ailleurs, l’association produit des séries de films courts documentaire et fiction et coproduits des moyens et longs métrages.

Cela fait douze ans que nous organisons des ateliers de sensibilisation au cinéma d’auteur en prison.

Tous les ans, j’assure en moyenne deux à trois interventions, dans des établissements pénitentiaires en région parisienne et dans le Nord ; je serais bien en peine de vous citer une liste exhaustive des lieux où je suis intervenue !

Les structures qui coordonnent les activités culturelles en détention (SPIP, coordinateurs locaux, associations socio-culturelles) font appel à nous lorsqu’elles souhaitent organiser une projection collective, et proposer un temps d’échanges aux personnes détenues.
Nous établissons un contrat qui comprend la mise à disposition des films que nous produisons, et une intervention à l’issue de la projection.
Dans certains cas comme à Nanterre, nous sommes simplement contactés pour la location des films, sans assurer d’intervention.

Nous ne choisissons pas toujours la programmation ; certains nous donnent carte blanche, ou, la plupart du temps, ce sont les personnes détenues qui sélectionnent les films parmi un corpus proposé par le coordinateur culturel.
De même, ce sont les établissements qui organisent la projection, avec leur matériel.

J’interviens à la fin de la séance de visionnage. Il s’agit toujours de cinéma d’auteur. Je sensibilise les personnes détenues aux spécificités de ce genre ; nous parlons, par exemple, de l’histoire, des personnages, de leur vie, de leur rapport au monde, du traitement cinématographique, du rythme propre aux films d’art et d’essai, qui diffère de celui des films grand public. Nous discutons ensemble de leur perception, du sens qu’elles trouvent au film. Il est finalement assez peu question de technique, et d’avantage de fond. Nous développons ensemble une réflexion sur le monde social et culturel qui est mis en scène. Les protagonistes du film évoluent dans un milieu culturel et social différent de celui des personnes détenues que je rencontre, bien souvent issus d’un milieu modeste. Or, le fait de parler des personnages du film permet aux personnes détenues de s’interroger sur la place qu’elles-mêmes même occupent dans la société.

Quelles sont les réactions des personnes détenues ?

Elles semblent beaucoup apprécier le travail que nous faisons ensemble. Leur présenter des films d’art et d’essai qui questionnent le monde,dans sa diversité, c’est les reconnaître comme des spectateurs intelligents capables de conduire une réflexion, à la différence des films de télévision dans lesquels tout est dit et assez uniformisé. Elles sont très sensibles à cela.

Les personnes détenues considèrent que c’est une forme de respect que de parler avec elles de la place de chacun dans la société ; autant de la place des personnages que de la leur.
Les films projetés racontent souvent un parcours initiatique, plein de péripéties, qui finalement se termine bien. Cela leur permet de s’identifier de façon positive. Elles ont connu des errances, mais ils peuvent malgré tout s’en sortir.

Je regrette simplement que leurs paroles ne soient pas complètement libres, en raison de la présence d’un travailleur social. On aborde des thématiques fortes, des questions de société parfois polémiques sur lesquelles je les amène à prendre position. Ils me disent souvent « on s’est lâchés, ça va nous retomber dessus ». C’est difficile d’exprimer ses sentiments quand on a l’impression d’être surveillés.