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Cartes Blanches - Hors Cadre

Marc Le Piouff - chargé

de mission Culture Justice


Pouvez-vous nous présenter l'association et ses missions ?

Fondée en 1997, Hors Cadre est une association qui conduit des actions de démocratisation de la culture en direction des publics qui en sont éloignés. Elle porte et développe notamment le dispositif Passeurs d’Images en région Nord Pas de Calais.

En 2003, l’association s’est vue confier une mission régionale de développement culturel pour les personnes placées sous main de justice, dans les onze établissements pénitentiaires  du Nord-Pas de Calais et en milieu ouvert. Une convention, déclinaison régionale des protocoles Culture/Justice nationaux, associe la DISP Nord – Pas de Calais, Picardie, Haute Normandie, la DRAC Nord – Pas de Calais et l’association Hors Cadre. 

Nous avons une mission d’expertise, de conseil et de médiation. Chaque année, nous participons à la définition et à la mise en œuvre d’une politique de développement culturel à destination des personnes placées sous main de justice. Entre 80 à 90 projets (du concert à l’atelier), dans tous les champs d’expression artistique et culturels, sont ainsi mis en place tous les ans par les SPIP et les directions des établissements.


Quelles actions de sensibilisation à l'image proposez-vous ?

Depuis  2006, nous avons strcuturé un projet autour du dispositif " Une Saison d’images en prison " qui s’est étendu à de nombreux établissements de la région. En parallèle aux séances de projections collectives, nous proposons ponctuellement des ateliers de programmation. 

L’édition 2012 d’ « Une Saison d’images en prison » a trouvé un prolongement dans le dispositif « Cartes Blanches » par lequel nous avons développé des partenariats avec le CRRAV (Centre Régional de Ressources Audiovisuelles), la société de production « Les Films du Nord » et le Festival du film de Valenciennes.

Deux ateliers de programmation ont été proposés avec « Les Films du Nord » à Dunkerque et Béthune. Encadrés par leur instituteur, les participants à l’atelier ont sélectionné un panel de films utilisant différentes techniques d’animation.

Les séances de restitution ont eu lieu en présence d’Arnaud Demuynck, réalisateur et producteur des « Films du Nord » à Béthune et de François Ladsous, chargé de diffusion à Dunkerque. Dans les deux établissements, la salle a été invitée à s’exprimer sur la forme et sur le thème abordé dans chaque court métrage et la discussion s’est orientée sur l’industrie du court métrage, les métiers du cinéma d’animation ou la production cinématographique en général. (en savoir plus sur la diffusion)

Enfin, nous collaborons avec le Festival du film de Valenciennes. En avril 2012, le réalisateur Pascal Alex Vincent a proposé une conférence en images sur le thème « Faire un film, du scénario à la projection » à  la Maison d’arrêt de Valenciennes. Précédemment, le festival a diffusé  « La guerre des boutons » dans la version originale d’Yves Robert de 1962, suivi d’un débat animé par Eric Deschamps et Matthieu Dumont.

En parallèle à ces projections, nous mettons en place des ateliers de pratique artistique et de création vidéo.

Erik Chevalier, vidéaste, a animé plusieurs de ces ateliers. Son action procède d’une démarche d’analyse filmique, déclinée dans un travail de création. 

Un de ses ateliers proposait un décryptage des contenus audiovisuels et cinématographiques prisés par les détenus, comme les séries américaines, les films « cultes » hollywoodiens, en les associant à des thématiques de société. L’atelier faisait le lien avec  l’action portée par Hors Cadre de développement d’une collection de DVD au sein de la médiathèque de l’établissement.

L’atelier a pris fin en 2011 avec l’annonce de la fermeture prochaine du Quartier Maison Centrale de Sequedin ; mais il sera reconduit avec des modalités identiques au Quartier Maison Centrale du nouveau Centre pénitentiaire d’Annoeullin.

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D'une façon plus générale, comment se déroule la coordination des actions culturelles ?

Chargé de mission, je fais le lien entre les différents acteurs : les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation et les membres de la Direction des établissements pénitentiaires, ainsi que les artistes, les professionnels de la culture et les différentes institutions.

J’aide les conseiller pénitentiaires d’insertion et de probation à établir un diagnostic des besoins des populations concernées. Dans le même temps, j’accompagne  les acteurs artistiques et culturels qui souhaitent formuler une proposition artistique en direction des personnes placées sous main de justice. C’est la rencontre de ces deux univers qui permet de définir une programmation pertinente et adaptée.

Hors Cadre assure un rôle d’interface, de passeur entre ces deux univers et les multiples partenaires qu’ils induisent. Je propose des espaces de rencontres et de dialogues ; je veille au bon déroulement des partenariats, depuis leur élaboration jusqu’ à l’évaluation des projets. Si l’objectif final, à savoir l’accès à la culture, est le même pour tous, les orientations professionnelles de chacun (insertion, animation, création, etc…) orientent les formes données aux actions. C’est en cela que la mission doit assurer une cohérence de discours et de contenu.

Depuis le début de cette mission, j’ai toujours constaté que les personnels de l’Administration pénitentiaire sont attachés à l’offre culturelle et à l’obligation qui leur est fait, dans le cadre de la mission de service public dont ils ont la charge, de proposer des activités variées et de qualité. Le travail développé avec les partenaires culturels est cohérent, collaboratif et respectueux des enjeux de chacun.

La vraie difficulté concerne plutôt la mise en place concrète de ces projets. Leur déclinaison en détention reste dépendante de situations toujours complexes dans lesquels, aux éléments objectifs d’organisation (lieux, circulation, cohérence des plannings, disponibilité des personnels, respect des éléments sécuritaire, gestion de la surpopulation, etc…) s’ajoute des éléments plus subjectifs sur la forme de l’implication, l’énergie engagée, les efforts d’adaptation à la situation, la gestion des imprévus, etc…

L’activité culturelle, qu’elle soit brève (concert, spectacle…) ou longue (atelier à l’année) est, pour les personnels pénitentiaires comme pour les partenaires extérieurs, un engagement qui va toujours au-delà de ce qui avait été envisagé : en temps, en responsabilité, en prise de risque, en énergie, en déception parfois comme en satisfaction heureusement bien souvent.

Mais il ne peut pas en être autrement quand on fait entrer un « espace de possibles » dans un « espace contraint ». Et cet enjeu est à la fois trop important et pas assez (encore) prioritaire (par rapport à toutes les activités gérées quotidiennement en détention) pour entrainer des tensions, des frustrations, des échecs préjudiciables pour tous, personnes détenues comme personnels et intervenants. 

C’est donc aussi là qu’Hors Cadre, dans la mission qui lui a été confiée, doit agir : il est nécessaire de se connaitre, de se parler, de se donner du temps. La programmation culturelle doit s’élaborer de façon concertée. Pour ce faire, la région Nord Pas de Calais dispose aujourd’hui d’un dispositif mis en place par les partenaires et animé par Hors Cadre. Il associe 3 instances : le comité technique local (CTL), le Comité Régional (CR) et le Comité de Pilotage Interministériel Régional (CPIR).

Le CTL réuni les acteurs du développement culturel à l’échelle d’un établissement (travailleurs sociaux, Direction, partenaires culturels), c’est une instance territoriale au sein de laquelle est envisagée la programmation culturelle pour l’année à venir et ses conditions de mise en œuvre. Parfois comme au Centre pénitentiaire de Maubeuge, elle associe un comité de personnes détenues. Il se réunit deux fois par an, à l’initiative du SPIP en concertation avec l’établissement.
Le CR est une instance régionale de validation et de financement des projets réunissant la DRAC et les SPIP. Tous les projets élaborés dans le cadre des CTL y sont évoqués.

Le CPIR se réunit 1 fois par an en présence de tous les directeurs (établissement et SPIP) pour faire un bilan et envisager les prochaines orientations. Il est sous présidence tournante (DRAC et DISP). À travers la mise en place des CLT, c’est une nouvelle façon de travailler que nous envisageons collectivement.

Maintenant, la définition d’un cahier des charges est le principal axe de travail. Un diagnostic précis des besoins et des attentes est élaboré collectivement. Il précise la typologie du public concerné, l’espace disponible, la temporalité. De cette façon, nous sommes d’avantage en mesure de formuler des propositions pertinentes, en sollicitant les intervenants adéquats, au bon moment.

Aujourd’hui, dans la plupart des CTL de notre Région, les services culturels municipaux et les structures culturelles associatives auxquelles ils sont associés sont présents et apportent leurs compétences et leurs ressources au travail commun.

Finalement, ce dispositif donne une « réalité physique » à la culture en prison qui ne dispose pas, en dehors de la bibliothèque, d’un secteur spécifique en détention et d’un personnel dédié comme l’Education Nationale ou l’UCSA.

Les difficultés restent nombreuses mais ce dispositif est une force et le CTL un outil auquel on peut se référer.


Quelle est votre conception de l'action culturelle en prison ?

Chargé de mission, je ne suis pas intervenant. J’accompagne le développement des projets culturels ; mon rôle, c’est de m’assurer que les choses se fassent, en cohérence et en concertation, dans le cadre de la mission qui nous a été confiée.

Grace aux outils de travail développés, nous trouvons des points de convergences entre les objectifs de chaque acteur. Le cahier des charges permet d’articuler les objectifs de réinsertion des travailleurs sociaux, et la nécessité de maintenir une exigence artistique chère aux partenaires culturels.

Ce n’est pas dans leur contenu que les projets culturels sont spécifiques à la prison. La spécificité réside dans la déclinaison concrète du projet imaginé, au vue de la complexité de l’environnement carcéral.

S’il y a des frottements, des décalages, des incompréhensions, c’est parce que nous évoluons dans un lieu où les contraintes matérielles sont maximales. Et pourtant, on se rend compte que rien n’est impossible à priori. Les projets qui ont été discutés en amont par tous les acteurs finissent par se réaliser.


Quelles sont vos perspectives ?

La mission de développement culturel en milieu pénitentiaire portée par Hors Cadre s’inscrit dans la durée. Elle se formalise dans le cadre de conventions triennales. Les partenaires en Nord Pas de Calais travaillent conjointement à redéfinir le cahier des charges qui nous incombe en fonction des évolutions propres au fonctionnement des établissements mais aussi aux évolutions législatives en ce domaine.

Si nous sommes portés à Hors Cadre par une volonté d’efficacité dans un accompagnement des partenaires le plus structurant possible, il n’en reste pas moins qu’Hors Cadre a été créé sur un principe de démocratisation de l’accès à la culture dans des territoires et pour des publics éloignés, principe qui reste pour nous une ligne directrice à laquelle nous nous référons pour donner du sens à notre travail.