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Cage départ - BD

Olivier Koue Chon Lim, photographe

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

Photographe, je réalise des bandes-dessinées à partir de photographies transformées en dessin.

À l’origine, je suis passionné de bande-dessinées. J’ai longtemps été frustré de ne pouvoir en créer moi-même, car je suis très mauvais en dessin. Aussi, j’ai eu l’idée de passer par le détour de la photographie. Grâce à un logiciel informatique, l’image photographique numérisée est transformée en dessin, puis découpée et agencée en vignette de BD.

Sur une proposition d’Isabelle Cambou de l’association Zargano, qui coordonne le dispositif Passeurs d’Images sur l’île de la Réunion, j’ai animé un atelier « Lé comics » auprès de huit personnes détenues du Centre pénitentiaire de Saint-Denis, du 23 au 26 avril 2012.

J’intervenais au Centre de détention Le Port. Les personnes détenues y bénéficient d’une plus grande autonomie et d’une certaine liberté de mouvements. L’endroit m’a fait l’impression d’une école particulièrement surveillée. De fait, je ne me suis pas du tout senti oppressé, comme j’aurais pu le craindre.

J’ai fait parvenir à l’administration une liste détaillée du matériel nécessaire un mois à l’avance. Je n’ai pas pu amener de tablette numérique. J’ai néanmoins été autorisé à apporter un ordinateur, un appareil photo et un Ipad.

Nous avions décidé de participer au concours Transmurailles dans le cadre du festival international de la BD d’Angoulême, dédié aux personnes détenues. Le thème était celui de l’espace en tant qu’étendue et surface - notion  riche à exploiter, car elle permettait de mettre en parallèle la case de BD et l’espace de la cellule.

Nous avons mis en scène des héros de BD qui auraient été oubliés dans une case, et qui continueraient d’évoluer dans leur coin, indépendamment de leurs histoires.

 

Comment s’est déroulé l’atelier ?

 « Lé comics » est avant tout un atelier créatif et joyeux : les participants s’amusent à se prendre en photo, puis  transforment les clichés en dessins, parfois en caricatures, par l’utilisation d’outils numériques. Je m’attache à mettre en avant cet aspect ludique.

Le travail autour du scénario est généralement ce qui plait le moins. Afin que l’exercice reste léger, j’ai préféré valoriser l’expression de leur imagination, plutôt que le respect de règles formelles. Je recueillais à chaud toutes leurs idées ; ensuite, nous essayions ensemble de les organiser et de les agréger en une histoire commune.

Nous avons ensuite réalisé un story board, qui a servi de trame pour les prises de vue. Il précisait, planche par planche, le découpage de l'action, la position des personnages et les dialogues. Enfin, nous avons pris les photos.

Les participants étaient les héros de leur propre histoire. Dans la mesure où les photographies sont ensuite transformées en dessin, il est impossible d’identifier les personnes détenues. Elles se sont donc senties plus libres de se mettre en scène et l’administration pénitentiaire n’a eu aucune réticence à autoriser la diffusion à l’extérieur.

Notre bande-dessinée s’appelle Cage départ. Nous l’avons déclinée en version papier et vidéo. Chaque planche a donné lieu à une capture d’image animée en diaporama et commentée en voix off par les personnes détenues.

Cage départ a été présentée au concours Transmurailles en novembre 2012.

 

Quels ont été les impacts pour les personnes détenues ?

J’ai été impressionné par leur créativité. Je reste convaincu que ces personnes ont un potentiel artistique plus fort et un univers imaginaire plus riche que la moyenne de la  population extérieure. Sans doute est-ce dû au fait qu’elles ont l’habitude de voyager par l’esprit.

En douze heures seulement, nous avons aussi bien, sinon mieux travaillé, que ce que je fais normalement sur un atelier de quinze heures.

Cette expérience a été pour moi une révélation. Avant de rentrer en prison, je ne connaissais rien au monde carcéral et j’avais naturellement certaines appréhensions, voire certains préjugés.

J’ai découvert que les personnes en prison ne sont pas différentes des personnes de l’extérieur.

Je m’attendais à rencontrer des « gros durs », et j’ai découvert des hommes très proches de moi. Les personnes détenues se sont montrées très ouvertes, et intéressées. Nous avons partagé une belle expérience.

Les surveillants ont contribué à ce que l’atelier se passe dans les meilleures conditions. Au début, je sentais bien qu’ils guettaient mes faits et gestes, mais bien vite ils m’ont fait confiance et ils se sont montrés souples et réceptifs.