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Cafés archéologiques

Le Journal de Saône et Loire – décembre 2008
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Anne Flouest, adjointe au directeur responsable de l'action culturelle et de la communication, musée de Bibracte


Pouvez-vous nous présenter votre projet mené en collaboration avec le Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation de Saône et Loire ? Comment est-il né ?

C'est la Direction régionale des affaires culturelles de Bourgogne qui a pris l'initiative de se rapprocher du musée de Bibracte, car le ministère de la Culture et le ministère de la Justice souhaitaient mener des actions en commun.

En tant que vitrine de l'archéologie française, il était logique qu'on fasse appel au musée de Bibracte, un centre de ressources incontournable dans ce domaine. 

Depuis septembre 2007, les personnels du site archéologique, spécialistes de la médiation culturelle, viennent parler de leur spécialité à la Maison d'arrêt et au Centre de détention, huit fois par an, pendant 2h30. 

Une convention a été signée avec le Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation de Saône et Loire. Le but est d'ouvrir à l'archéologie les détenus du Centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand.

En général, ce sont entre 7 et 14 détenus hommes, souvent les mêmes, qui viennent assister aux séances. Pour ne pas les lasser, nous changeons de thème chaque trimestre. Nous évoquons la capitale gauloise à travers des sujets variés comme la ville, les activités économiques et artisanales, la religion, l'enfance à Bibracte...

Avec le temps, nous avons réussi à avoir une salle bien adaptée, la bibliothèque. Et les rendez-vous ont gagné en convivialité : c'est désormais autour d'un café que les séances se déroulent.

Café archéologique dans la bibliothèque du centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand (71)


Quel type de réactions votre action engendre-t-elle ?

De séances en séances, certains détenus nous attendent avec impatience. Une personne m'a dit une fois qu'elle était heureuse de pouvoir "parler d'autre chose que du quotidien" avec sa famille, en particulier avec ses enfants, à la suite des cafés archéologiques.

Certains s'investissent dans de véritables recherches bibliographiques en lien avec les thèmes abordés, d'autres envoient leurs vœux par courrier au personnel du musée, en début d'année.

Il y a même un détenu condamné à une longue peine qui, ayant obtenu quatre jours de permission, est venu passer une journée entière à Bibracte. C'est touchant.

On a un public fidèle et motivé. Je me souviens aussi d'un autre homme qui avait été condamné à une si longue peine qu'il s'était petit à petit renfermé sur lui-même.

Et lorsqu'il a obtenu une autorisation de sortie pour venir au musée, il avait mis un costume, mais il était démodé et trop grand pour lui. Il m'a expliqué : "Moi, je m'habille, quand je sors". Ce côté humain est passionnant.

 

Comment pourriez-vous définir les objectifs de ce projet ?
Les objectifs sont à la fois d'ordre humain, d'ordre intellectuel et d'ordre social. Nous nous appuyons sur notre savoir-faire, la valorisation de notre site pour parler d'archéologie à des personnes qui ont un univers très réduit.

Exposition des réalisations de détenus dans le cadre des cafés archéologiques au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand (71), décembre 2008


Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

Grâce au dynamisme et à l'implication des agents du SPIP Saône et Loire, il n'y a pas eu de difficultés particulières.

Ce qui n'était pas évident au départ, c'est que nous avions besoin d'entrer des objets pour les montrer lors des séances, mais le SPIP nous a facilité les choses. Je peux même arriver, désormais, avec du café et des gâteaux !

 

Comment envisagez-vous l'avenir de ce projet ?

Bien que modestes car ponctuelles, ces interventions ont un bilan très positif et le projet est certainement amené à perdurer dans le temps.

Le 22 septembre 2010, comme ça a déjà été le cas il y a deux ans, la juge d'application des peines a autorisé six participants à venir passer une journée à Bibracte. En plus, les détenus ne seront pas encadrés par des surveillants mais simplement accompagnés par du personnel social.