• Français
  • English

Atelier Documentaire et Société

Jonathan Vaudey, chargé

de coordination et de développement - 

Les Lucioles du Doc

 

Les Lucioles du Doc anime un atelier hebdomadaire de réflexion et d’échange autour de questions politiques grâce au cinéma documentaire et à d’autres médiums.

 

Pouvez-vous présenter votre association ?   

Les Lucioles Du Doc a pour vocation de mener des partenariats avec une grande diversité de lieux franciliens afin d'organiser des projections de films documentaires, précédées et suivies d'échanges.

Ces espaces ont pour vocation de permettre une éducation critique à l'image et une réappropriation du politique dans son sens premier, à savoir l’organisation collective de la société.

En quoi consiste l’atelier hebdomadaire « Documentaires et société », mené à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis ?

.Cette action s’inscrit dans la continuité de projections mensuelles organisées auprès d’une cinquantaine de personnes détenues. À terme, celles-ci nous sont apparues peu impactantes pour le public.

Dans l’optique d’amorcer un réel travail de fond, l’association a décidé de travailler de manière plus régulière avec un groupe restreint, dont l’implication dans la programmation serait aussi importante que possible.

Nous avons constaté à quel point les détenus avaient la capacité d’une analyse critique fine, trop souvent inexploitée en raison d’une insuffisance de propositions culturelles. Nous pensons que cette action leur permet d’utiliser ce potentiel critique, et de le consolider en l’alimentant aussi bien grâce à une base théorique que des outils de méthodologie.

 

Quels en sont les objectifs ? 

Au-delà de la réappropriation du politique, nous cherchons également à développer une capacité critique de lecture de l’image documentaire.

La nouvelle dimension de réalisation d’œuvres par le groupe leur permettra, entre autres, de construire et défendre un propos ou une analyse. À nous à posteriori de faire vivre leurs œuvres à l’extérieur – si nous en sommes autorisés – et donc de légitimer leurs paroles.

 

Quels sont les points forts des projets ? 

L’atelier permet de répondre à cette volonté de débat que nous avons ressenti et de l’enrichir grâce aux différents outils et intervenants que nous sollicitons. Cela permet une structuration de la pensée et peut éviter de tomber dans certains écueils fortement encouragés par les médias de « masse ».

J’ai aussi le sentiment que l’espace de l’atelier est devenu un lieu de libre parole et d’écoute. Cela me semble être son principal point fort, mais il y en a d’autres.

 

Comment se déroulent vos séances ?

S’il n’y a pas de retard, une séance dure en moyenne 2h45. Lorsque nous visionnons un documentaire, il y a un généralement son auteur-e ou un-e- intervenant-e qui sera présent lors de la séance suivante. Nous profitons donc du temps qu’il nous reste après le film pour préparer la séance.

Il nous arrive aussi d’avoir des séances sans outil ou intervenant où nous allons travailler à partir du savoir et de l’expérience de chacun des participants. C’est notamment là que nous utilisons des outils de discussion issus de l’éducation populaire.

 

Qui constitue votre public ?

S’il fallait différencier les participants, je dirais que certains fréquentent le centre scolaire, la bibliothèque et parfois une autre activité, alors que d’autres en sont plus éloignés. Les profils sont plutôt variés, ce qui est une très bonne chose.

 

Quels types de films documentaires, livres, revues choisissez-vous ?

Notre association défend le cinéma documentaire communément appelé de « création » ou « d’auteur », ce qui ne représente pas une catégorie à part entière.

Pour vous donner un exemple, nous avons diffusé Entre nos mains, réalisé par Mariana Otero, sur des salariées qui tentent de reprendre leur usine de lingerie sous forme de coopérative.


Je pourrais également citer le livre Les médias et la banlieue sur la construction de la représentation médiatique des banlieues, dont l’auteure, Julie Sedel, est intervenue lors de l’atelier.

 

Comment vous positionnez-vous pendant les séances ?  

J’essaie de laisser le plus de place possible aux participants et d’éviter d’avoir toujours la position de l’animateur. Par exemple, le rôle du distributeur de parole change régulièrement, ce qui permet à chacun d’avoir une autre place au sein de l’atelier.

 

Quelles sont les réactions des participants ?

Je dirais que de manière générale, ils prennent un grand plaisir à rencontrer les intervenant-e-s et d’avoir cette occasion d’échanger avec eux. Ils ont toujours faire preuve d’une grande curiosité et envie de débattre.

Désormais, ils attendent avec impatience de pouvoir tenir une caméra.