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Atelier de programmation

Jacques Froger, Clair Obscur

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ?
Clair Obscur est une association fondée en 1988, dont l’objectif est de promouvoir le cinéma et l’audiovisuel auprès de tous les publics sur l’ensemble du territoire de la région Bretagne.

Cela fait six ans que nous menons des actions auprès des personnes placées sous main de justice.

Au début, nous intervenions à la Maison d’arrêt de Rennes, notamment auprès du public mineur. Depuis 2009, nous poursuivons nos actions au nouveau Centre pénitentiaire de Vezin.

La fréquence et la nature de nos activités évoluent d’une année à l’autre, en fonction des crédits accordés. Elles sont cependant plus régulières depuis que la Ligue de l’Enseignement d’Ille-et-Vilaine a pris en charge la gestion des activités culturelles de l’établissement.

 

Quels ateliers proposez-vous?

De façon plus ponctuelle, nous animons aussi des ateliers de programmation.

Les ateliers durent un semestre environ, à raison d’une séance hebdomadaire de deux heures.

Anne Le Henaff, responsable artistique de l’association, ou moi-même, en assurons l’animation, en présence d’un groupe de cinq à dix personnes détenues.

Nous proposons aux participants un corpus d’une vingtaine de films, sans unité thématique particulière. Je privilégie toujours une offre aussi ouverte que possible. Ensuite, si une thématique retient l’attention des participants, qu’il s’agisse d’un genre ou d’une problématiques sociale,  nous n’hésitons pas à l’approfondir, quitte à modifier la programmation initiale. Nous n’avons pas d’idées préconçues de ce que doit être l’atelier, nous nous adaptons en fonction des retours des participants.

Nous faisons un travail d’analyse filmique, afin de favoriser l’exercice d’un regard critique chez les personnes détenues.
À l’issue de l’atelier, les participants sélectionnent plusieurs films, un programme qui sera montré en séance collective. Ils devront le présenter et expliquer les raisons de leur choix. De cette façon, ils réalisent que le travail de programmation participe d’une démarche artistique et d’un engagement personnel.

Parfois, la restitution donne lieu à des débats enflammés : le point de vue des « programmateurs » ne rencontre pas toujours celui du public.

Je me rappelle d’un film, Sous le bleu de David Oelhoffen, sur la transmission entre père et fils. C’est l’histoire d’un jeune mécano qui accepte de vendre son bleu de travail à un passant qui veut s’en servir de costume pour la Saint Sylvestre. Le père est blessé et choqué, car il considère que le bleu est un objet de travail noble, et certainement pas un déguisement.

Le film a provoqué des discussions intenses entre trois jeunes détenus, qui n’en faisaient pas la même interprétation et avaient des vues divergentes sur la relation au père.

Ce sont des moments forts. Le cinéma est synonyme de divertissement pour les personnes détenues ; et pourtant, discuter pendant trois quarts d’heures autour d’un court métrage de dix minutes, est bien le signe que les films mettent en jeu des choses profondes et intimes chez chaque spectateur. Dans ces moments-là, je suis heureux d’être accompagné par une personne de la Ligue de l’Enseignement, car je ne sais pas toujours comment gérer ces expressions personnelles. Même si elles enrichissent le débat, j’essaie de toujours de ramener la discussion au cinéma.

La programmation ne trouve pas toujours d’écho. Parfois les participants ne rencontrent pas d’intérêt aux films, et parfois ils sont déçus par l’absence de réactions des autres personnes au moment de la restitution. Avec l’expérience, nous nous censurons moins.

Nous avons décidé de montrer avant tout les films que nous aimons et que nous avons envie de leur faire découvrir, sans présager de leurs réactions. Nous ne sommes pas du tout dans l’optique d’une programmation spécifique pour un public spécifique.

Et je dois dire que l’administration nous fait confiance car elle n’a jamais demandé à avoir un droit de regard sur les films présentés. Il n’y a que dans le cadre du Festival Travelling que nous discutons du choix des films avec notre interlocutrice de la Ligue de l’Enseignement.

Jacques Froger et le Festival Traveling