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Activités thématiques de la médiathèque

Anne Marzin, Médiathèque de Meaux

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet ?
En vertu d’une convention tripartite associant le ministère de la Justice et des Libertés, la Ville de Meaux et le Conseil général de Seine-et-Marne, les professionnels de la Culture de la Ville de Meaux sont tenus de consacrer une partie de leur temps de travail au développement d’actions culturelles en direction des personnes sous main de justice.

Cent cinquante heures par an  sont ainsi dédiées à l’animation d’activités ou à leur préparation et leur encadrement en amont.

J’interviens au Centre pénitentiaire de Chauconin depuis quatre ans.

Mon action consiste d’abord en une assistance technique aux professionnels de l’établissement. Ainsi, j’aide Madame Muscari, responsable de l’action culturelle du SPIP, à monter des dossiers de demande de subventions, ou à réaliser des acquisitions d’ouvrages.

Mes collègues du service informatique ont entièrement informatisé le système de gestion des prêts et des collections des trois bibliothèques de l’établissement.

Dans un second temps, j’anime des activités thématiques, tous les premiers lundi du mois, auprès d’un petit groupe de personnes détenues.

Chaque trimestre, Madame Muscari et moi-même choisissons un thème qui fait écho à l’actualité locale, afin que les personnes détenues gardent un lien avec l’extérieur.

Suite à l’inauguration du Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux, en novembre 2011, nous avons évoqué la première guerre mondiale.

En septembre 2011, à l’occasion des Journées Mondiales du Patrimoines,  nous avons sensibilisé les personnes détenues aux notions d’héritage, de bien commun, de transmission.

À travers différentes activités, ils ont abordé divers aspects du patrimoine matériel et immatériel. J’ai fait une intervention sur le patrimoine littéraire.

J’apporte aux personnes détenues un certain nombre de documents pour nourrir leurs réflexions : des livres, des films.

Nous constitutions un comité de lecture. Pendant six semaines, les participants prennent connaissance des ouvrages, nous en discutons ensemble. Ensuite, chacun vient présenter le livre qu’il a préféré et explique les raisons de son choix.

Les films sont des fictions ou des documentaires. Ils offrent un éclairage particulier sur le thème traité, mais il ne s’agit pas pour nous de procéder à analyse technique des images. Pour évoquer l’histoire des poilus, nous avons visionné La vie et rien d’autre, de Bertrand Tavernier.

Dans le cadre des Journées du patrimoine, nous avons regardé des documentaires de l’Unesco sur les plus beaux sites patrimoniaux du monde.

Ces activités thématiques permettent d’approfondir les connaissances et de nourrir les réflexions sur des sujets précis ; elles n’aboutissent pas à des créations ou à des restitutions particulières.


Comment se déroulent ces activités ?
Le contexte n’est pas forcément des plus agréables.

Intervenir en prison, c’est accepter de voir des portes se refermer sur soi, rester deux heures enfermée dans une salle en compagnie d’une vingtaine d’hommes que l’on ne connait pas.

Et pourtant, je sors de ces ateliers avec un état d’esprit enthousiaste, et le sentiment d’avoir apporté quelque chose d’important aux personnes détenues.  J’ai toujours rencontré des personnes agréables et motivées, qui s’impliquent vraiment dans les activités proposées.

En quatre ans, j’ai appris à adapter le contenu de mes interventions. Parfois, j’ai commis des erreurs, mes propositions n’ont pas toujours été pertinentes.

L’année dernière, nous avons parlé du mouvement oulipien dans le cadre du Printemps des poètes. Les personnes détenues ont aimé la lecture des poèmes.

J’ai donc décidé de leur montrer le film Zazie dans le métro, mais ce fut un échec total. Elles ont détesté le film, le jugeant vieux, ennuyeux, absurde.

Elles ont avancé différents arguments pour étayer leurs critiques. Ce fut donc une discussion très riche et constructive : j’ai pu convenir que le film n’était pas approprié et en tenir compte pour les programmations suivantes.


Les bibliothèques du Centre pénitentiaire proposent-elles des prêts de DVD ?
    
En effet. Le Centre pénitentiaire de Chauconin comprend trois établissements, deux Maisons d’arrêt et un Centre de détention, et chacun dispose de sa propre bibliothèque. La Médiathèque de Meaux met à la disposition du Centre pénitentiaire un fonds de documents variés, dont des DVD.

C’est l’établissement qui gère les prêts individuels auprès des personnes détenues, par l’intermédiaire des personnes détenues bibliothécaires. Il s’agit donc, pour nous, d’un prêt indirect.

Toutes les six semaines, les fonds sont renouvelés. Une centaine de DVD sont ainsi mis à disposition chaque année. Il n’y a aucune censure, ces DVD sont les mêmes que ceux que nous proposons aux habitants de Meaux qui fréquentent la Médiathèque.